Il y a, aujourd’hui, deux Chirac. Au moment même où l’un perd sur la scène intérieure, durement censuré par les régionales, l’autre triomphe sur la scène internationale, en position de force en Europe et politiquement vainqueur du bras de fer qui l’avait opposé aux Etats-Unis sur l’intervention en Irak. Il y a juste un an, la Maison-Blanche promettait de faire payer à la France la vigueur avec laquelle elle s’était opposée à ses plans. Les entreprises françaises s’inquiétaient des représailles économiques envisagées à Washington. Plusieurs ministres et nombre d’élus de la majorité laissaient voir que le Président de la République et son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, étaient, à leurs yeux, allés trop loin dans leur bataille diplomatique avec les Etats-Unis. Les collaborateurs de Tony Blair expliquaient à leurs interlocuteurs français que Jacques Chirac avait isolé la France en Europe et dans le monde mais, aujourd’hui, tout cela n’est plus que souvenir. Ce n’est pas seulement que les Etats-Unis n’ont trouvé en Irak aucune des armes de destruction massive qu’ils reprochaient si arrogamment aux inspecteurs de l’Onu de ne pas savoir chercher. Ce n’est pas seulement que Georges Bush et Tony Blair sont au mieux convaincus de mensonge d’Etat, au pire d’auto-aveuglement politique. C’est aussi que cette aventure irakienne a embourbé les Etats-Unis et affaibli les démocraties car tous les avertissements français se sont avérés, sur la difficulté qu’il y aurait à faire de l’Irak une vitrine démocratique au Proche-Orient, sur les dangers d’éclatement du pays, sur la relance, surtout, du terrorisme islamiste qui a trouvé une nouvelle cause et de nouvelles bases dans l’anarchie irakienne. La France, dans cette affaire, avait vu tellement juste qu’on le reconnaît, aujourd’hui, dans les milieux politiques américains et que, désireux de montrer à ses électeurs qu’il n’a pas cassé l’Alliance atlantique, non seulement Georges Bush participera aux cérémonies du soixantième anniversaire du Débarquement mais se rendra, la veille, en visite officielle à Paris. Le Président américain ne peut simplement plus faire comme si la France ne comptait pas dans le monde car elle y pèse d’autant plus qu’elle est devenue déterminante en Europe. Il y a un an, hors Bruxelles, Luxembourg, Stockholm et, bien sûr, Berlin, les capitales européennes faisaient front contre Paris, soit parce qu’elles soutenaient l’intervention américaine en Irak soit parce qu’elles ne voulaient pas s’opposer aux Etats-Unis. Un an plus tard, le vent a tourné. La majorité a changé en Espagne. Le premier ministre polonais est démissionnaire. Tony Blair s’est rapproché de la FrancAllemagne sur la Défense et les institutions européennes et toute l’Union accepte maintenant le projet de Constitution élaboré sur la base des propositions franco-allemandes. Justifiée dans sa politique irakienne, la France a repris une place centrale en Europe, donc dans le monde, et toute la question est de savoir si cet acquis pourra ou non être maintenu après le désaveu, la dé crédibilisation, infligé dimanche au Chef de l’Etat.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.