Lors du référendum sur le Traité de Maastricht, la question était claire. Les débats, bien sûr, étaient furieux. On se déchirait sur l’indépendance de la Banque centrale européenne et le plafonnement des déficits budgétaires mais, au-delà de ces empoignades, tous les Français savaient à quoi ils étaient appelés à donner ou refuser leur accord : la création d’une monnaie européenne, avec les difficultés et les avantages que cela comportait. Là, c’est tout différent. Il suffit d’en discuter entre amis, de lire les journaux ou écouter la radio pour constater que, dans ce référendum, plusieurs questions se mêlent, toutes plus importantes les unes que les autres. Vote-t-on sur un modèle social, c’est-à-dire pour ou contre le libéralisme ? Va-t-on voter, a posteriori, sur l’élargissement aux dix nouveaux membres entrés dans l’Union sans qu’il y ait eu - et le reproche est vif à cet égard - de vrais débats à ce sujet ? Va-t-on se prononcer pour ou contre l’éventualité d’une entrée de la Turquie dans l’Union ? Va-t-on entériner, ou rejeter, ce qui s’est déjà fait en Europe, avant l’élaboration de ce projet de Constitution ? Ou bien encore va-t-on se prononcer sur une nouvelle architecture institutionnelle de l’Union et, si oui, laquelle ? Fédérale ? Inter-gouvernementale ? Evolutive ? Toutes ces questions, et tant d’autres, sont fondées mais comment débattre dans ces conditions, quand l’objet même du débat n’est pas cerné ? La logique s’y refuse. C’est, en tout cas, si difficile qu’une moitié des Français sont encore indécis ou prêts à s’abstenir et qu’aux partisans affirmés et décidés d’un « non » à l’une ou plusieurs de ces questions s’ajoute, pour former une majorité, un autre parti du « non », celui de ceux qui se refusent à dire « oui » sans savoir à quoi ce « oui » les engagerait. Si l’enjeu n’était pas si fondamental, on pourrait en rire. On pourrait tout aussi bien ironiser sur l’absolue diversité et contradiction souvent des motivations du « non » que sur l’incapacité patente des défenseurs du « oui » à clairement formuler, un objectif, une ambition, ce sur quoi ils appellent les Français à les suivre. Côté « oui », côté « non », la France est dans la confusion pour quatre raisons additionnées. La première est que ses gouvernements successifs se sont toujours dispensés d’expliquer les étapes et les évolutions possibles du processus d’unification européenne. La deuxième est que les citoyens, la masse d’entre eux, ont longtemps adhéré à ce processus qui leur paraissait bon puisqu’il visait à enraciner la paix sur le continent mais qu’ils ne s’y sont jamais vraiment impliqués et découvrent soudain, maintenant que les choses ont tellement avancés, que tous leurs repères pourraient en être radicalement modifiés. Quant à la troisième raison, la plus fondamentale, elle est que l’Europe sort de l’enfance au moment même où l’écroulement du Mur de Berlin et la mondialisation économique bouleversent l’environnement international dans lequel elle va ou ne va pas progresser. Ce référendum est à replacer dans un demi-siècle de continuités et de ruptures. C’est ce que cette chronique, au fil des jours à venir, tentera de faire.

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