Les dirigeants des vingt pays les plus riches du monde, du Groupe des 20, du G-20, se réuniront à Londres, jeudi, pour… Comment dire ? Nicolas Sarkozy, l’homme qui avait initié ce processus en convainquant Georges Bush que ce serait, là, le seul moyen pour lui de ne pas sortir de scène sur un complet échec, aime à répéter qu’il s’agira de « refonder le capitalisme ». A Washington, on préfère parler de « redéfinir les règles du jeu » mais, quels que soient les mots retenus, ce G-20 va s’atteler à renforcer la réglementation des marchés et à lui donner une dimension internationale puisque la réglementation d’un marché devenu mondial ne peut plus dépendre des seules législations nationales. Le G-20 se penchera donc sur le renforcement du rôle et des moyens du Fond monétaire international ; sur les paradis fiscaux, ces trous noirs de la finance qui échappent à la surveillance et à l’impôt des grands Etats ; sur le contrôle des fonds d’investissement, ces forces de frappe des grandes fortunes grâce auxquelles elles peuvent acheter en commun, souvent à partir de paradis fiscaux, des industries, des mines, des terres, des sociétés de services ; sur les normes comptables en vigueur ou, encore, sur les agences de notation, ces organismes privés qui font la loi sur les marchés en attribuant des notes de bonne santé financière aux compagnies cotées en Bourse et même aux Etats alors qu’elles mêmes ne sont en rien indépendantes du monde de l’argent. Le monde n’en changera pas de visage entre jeudi matin et jeudi soir. De trop grandes attentes seraient forcément déçues puisque, comme toujours dans ce type de réunion, les dirigeants des 20 se sépareront sur des compromis qui se négocieront jusqu’au dernier instant mais aurait-on seulement imaginé un tel ordre du jour il y a sept mois seulement ? Non, bien sûr, ni de près ni de loin car, avant la crise, avant que le krach de la finance américaine ne plonge le monde dans la récession, les dogmes libéraux étaient toujours dominants. L’Etat restait le mal et toute réglementation, l’arme de bureaucraties néfastes. La prospérité ne pouvait venir que de marchés toujours plus libres alors que, depuis septembre, l’Etat est redevenu la solution, le dernier recours, les paradis fiscaux ont dû accepter des règles et l’argent n’est plus un dieu, plus l’aune de tout, si mal vu désormais que les revenus des grands patrons sont devenus un objet de scandale. En sept mois, une révolution culturelle a eu lieu dont ce G-20 est le symbole. Nécessité aidant, parce qu’il faut, comme vient de le dire Joe Biden, le vice-président américain, « protéger le marché des partisans du marché libre », non seulement on discutera et commencera de contrer, à Londres, trente ans de déréglementation et de recul de l’Etat mais ce ne sont pas seulement les 7 pays les plus riches du monde mais les 20 – pays émergeants compris – qui se pencheront au chevet de l’économie mondiale. A ces deux seuls titres, le G-20 est une double révolution.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.