Rappelé par les attentats de Moscou, c’est un lien, vieux de vingt ans déjà, sanglant et plein d’ombres. Entre la politique intérieure russe et les déchirements du Caucase, l’interférence remonte à l’époque où Boris Eltsine, voulant disloquer l’URSS pour pouvoir chasser Mikhaïl Gorbatchev du Kremlin et l’y remplacer, attisait les indépendantismes en appelant les peuples soviétique à prendre « le plus d’autonomie possible ». Cyniquement parlant, c’était bien vu. C’est ainsi que Boris Eltsine était devenu calife à la place du calife sur les décombres d’un empire qui avait été celui des tsars mais, entré au Kremlin, il avait vite buté sur la Tchétchénie. Nulle part ailleurs que là-bas, dans la Caucase, son appel n’avait été autant entendu car les Tchétchènes ont gardé le souvenir de la conquête russe au 19ième siècle et, surtout, de leur déportation par Staline à la fin de la guerre. La Tchétchénie voulait son indépendance et Boris Eltsine ne pouvait que s’y opposer car cette République est partie intégrante de la Fédération de Russie dont il devait défendre l’intégrité avant que la Fédération ne se délite à son tour. Ce fut la guerre, une guerre perdue par la Russie, une défaite que les Russes avaient mal pardonnée à leur président et que Vladimir Poutine, devenu Premier ministre en août 1999, avait voulu effacer pour mieux se mettre en lice pour le Kremlin. Dès septembre, une série de mystérieux attentats aussitôt attribués aux Tchétchènes précipitent les choses. C’est le déclanchement de la deuxième guerre de Tchétchénie qui assure, au printemps 2000, un triomphe électoral à Vladimir Poutine, candidat de l’ordre et de la fierté russe retrouvée. Dix ans après, non seulement cette guerre n’est toujours pas vraiment gagnée par la Russie, non seulement elle s’est étendue à tout le Caucase du Nord sous la direction d’islamistes illuminés qui ont pris le relais des nationalistes, mais les attentats ont repris, à l’automne dernier, en Russie même, alors qu’ils y avaient cessé depuis 2004. Avec cette boucherie du métro de Moscou, la Tchétchénie revient en force sur la scène politique russe, au moment précis où un petit vent de liberté commençait d’y souffler, suscité par la rivalité montante entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev. Les deux hommes ont condamné avec une égale fermeté ces attentats suicide qui bien sûr, les desservent puisque ni l’un ni l’autre n’ont su les empêcher. Tous deux sont atteints mais si l’homme d’ordre, Vladimir Poutine, le super flic et Premier ministre, enregistre un échec, l’homme de l’ouverture, ce jeune Président qui venait de s’attaquer à la corruption de la police et du ministère de l’Intérieur, se retrouve, lui, dans l’impasse. Il venait de nommer un homme à lui à la tête du Caucase où il prônait le développement économique en réponse au terrorisme. Il incarnait l’aspiration à moins d’arbitraire et plus de démocratie alors que ces attentats redonnent évidemment la main aux partisans de la manière forte, aux services secrets dont est issu Vladimir Poutine et dont le siège, la Loubianka, se situe au dessus de la station où a eu lieu le premier des deux attentats d’hier. L’interférence se poursuit. La partie devient serrée.

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