C’est une impasse et elle est aussi dangereuse qu’épouvantable. On en est à près de dix mille morts recensés en Syrie. Le pain y devient difficile à trouver. Les pays limitrophes accueillent déjà quelques 40 000 réfugiés dont le nombre grandit chaque jour de plus en plus vite. A l’intérieur même du pays, 200 000 personnes ont été déplacées par les violences. La Ligue arabe était réunie hier à Bagdad. Les « amis de la Syrie », autrement dit les pays qui soutiennent l’opposition et appellent Bachar al-Assad à se retirer, se retrouvent dimanche à Istanbul après un premier rendez-vous infructueux à Tunis. Les massacres continuent, le monde s’agite comme rarement et…

Et rien, absolument rien ne bouge. C’est une impasse parce que l’insurrection n’a pas les moyens militaires de l’emporter et que ce régime ne parvient pour autant pas à faire cesser les manifestations et, maintenant, les coups de main qui se multiplient contre ses officiers et ses bâtiments officiels. Sur le terrain, le face-à-face dure entre Syriens et, sur le front diplomatique, tout est bloqué car le monde est plus que jamais divisé par cette crise.

Officiellement, tout le monde soutient le plan de paix proposé par l’ancien secrétaire-général de l’Onu, Kofi Annan. La Ligue arabe est pour et réclame son application immédiate. Les Occidentaux y sont également favorables. La Chine et la Russie l’appuient. Le régime syrien lui-même a accepté ce plan en six points qui prévoit l’arrêt de toute violence, la libération des prisonniers et l’ouverture d’un dialogue politiques entre le pouvoir et les insurgés. C’est l’unanimité mais Bachar al-Assad conditionne la mise en œuvre de ces six points à ce qu’il appelle l’arrêt des opérations terroristes soutenues de l’étranger. Les Occidentaux ne croient pas une seule seconde à sa sincérité et la Chine et la Russie ne soutiennent Kofi Annan que parce que son plan est inapplicable sans que Bachar al-Assad, provisoirement au moins, ne se maintienne au pouvoir.

Sur le fond, les positions sont inchangées. Les Occidentaux veulent tourner la page de cette dictature car ils tablent sur le changement et l’évolution démocratique du monde arabe. Chinois et Russes refusent de laisser se créer un nouveau précédent d’intervention de l’Onu en faveur d’un peuple en lutte contre une dictature. Les pays arabes, Arabie saoudite et Qatar en tête, soutiennent les insurgés parce qu’ils ne pourraient pas faire autrement vis-à-vis de leurs peuples et qu’ils souhaitent isoler l’Iran dont Bachar al-Assad est un allié essentiel. Ce régime est profondément fragilisé mais les Occidentaux ne voulant pas intervenir dans une région aussi volatile, en tout cas pas sans l’aval de l’Onu auquel la Chine et la Russie s’opposent, l’impasse diplomatique est aussi profonde que l’impasse intérieure.

Le massacre des Syriens va continuer et, personne ne voulant reculer parce que tout le monde a les moyens de ne pas le faire, cette guerre risque maintenant de déstabiliser toute la région et de tourner au conflit entre chiites et sunnites, entre les régimes syrien, irakien et iranien d’un côté et, de l’autre, les pays arabes et la Turquie. L’impasse est aussi tragique que dangereuse.

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