Où l'on voit pourquoi la Grande-Bretagne a tort de quitter l'Union...

Depuis que c’est fait, on ne parle plus que gros sous et bout de gras. Depuis que la Grande-Bretagne a officiellement informé ses partenaires européens de sa volonté de quitter l’Union, on ne parle plus que des conditions du divorce et de la difficulté de parvenir à un règlement dans ce délai de deux ans qu’imposent les traités.

C’est important, bien sûr. Les Britanniques jouent là le futur bilan de leur départ. Les 27 autres Européens n’entendent ni donner de prime à la rupture ni sortir perdants de cette séparation qu’ils ne souhaitaient pas. Les uns comme les autres, enfin, veulent à tout prix éviter que le Brexit ne débouche sur la fin de leur coopération militaire et sécuritaire qui nous est aussi indispensable à tous et même vitale.

Oui tout cela est important, et même capital, mais l’essentiel est ailleurs.

L’essentiel tient en trois mots : ont-ils raison ? Les Britanniques ont-ils tort ou raison de quitter l’Europe et un simple test donne la réponse. Vous prenez l’avion d’une ville d’Europe à l’autre, de Prague à Londres, d’Helsinki à Rome, et vous arrivez, avec des différences bien sûr, dans le même monde. Vous prenez maintenant un vol de n’importe quelle ville d’Europe pour l’Asie, l’Afrique ou les Etats-Unis et vous atterrissez dans un autre monde.

Même culture, mêmes échiquiers politiques, même degré de libertés, même protection sociale, largement ou totalement ignorée partout ailleurs, l’Europe est une. L’Europe constitue un ensemble façonné par une histoire commune, semée de guerres mais commune, et dont les liens ont été resserrés par une même volonté de ne pas retomber dans les boucheries des siècles passés. Il fallait nous lier si étroitement par la conciliation et la conjugaison de nos intérêts que nous ne puissions pas plus en revenir aux guerres qu’un conflit armé entre deux parties de la France serait envisageable aujourd’hui.

Mais la paix est là, dira-t-on. Elle ne suffit plus à justifier l’Union. Beaucoup de gens le pensent, c’est vrai, c'est le problème, mais ils se trompent.

Lorsque les intérêts redeviennent avant tout nationaux, c’est le début du tous contre tous et le retour aux avant-guerres. En 1989, les Serbes et les Croates n’auraient jamais imaginé que leur séparation puisse mener à une décennie de massacres et de guerre et l’on sait ce qui s’est ensuivi.

La paix est là parce qu’il y a l’Union. Sans elle, on ne sait pas car soixante de paix ce n’est qu’une fragile parenthèse mais ce n’est pas tout.

Imaginons un instant que chacun des pays européens doive demain défendre seul ses intérêts face aux Etats-Unis ou à la Chine. Peut-on croire qu’il serait mieux à même de le faire que l’Union ne le fait au nom de tous, forte d’un marché de plus de 500 millions de personnes ? La réponse est dans la question.

Nous sommes plus forts unis que désunis. Plus le monde devient incertain, plus nous devons rester unis, dans tous les domaines et pas seulement militaires, et sécuritaires. Vouloir briser l’Union au motif que ses politiques sont critiquables est, en un mot, aussi profondément stupide qu’il le serait de vouloir désunir la France pour se débarrasser d’une majorité du moment.

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