Des livraisons d’urnes funéraires en grand nombre ont relancé les doutes sur le nombre réel de victimes du covid-19 à Wuhan, d’où est partie l’épidémie. Certaines évaluations font état de près de vingt fois plus de victimes.

La vie reprend à Wuhan : à l’aéroport de la capitale du Hubei, une femme montre sa carte d’embarquement, après deux mois de confinement total.
La vie reprend à Wuhan : à l’aéroport de la capitale du Hubei, une femme montre sa carte d’embarquement, après deux mois de confinement total. © AFP / Tian Daiming / XINHUA / Xinhua via AFP

La Chine a-t-elle dit toute la vérité sur le nombre de morts du coronavirus à Wuhan, le point de départ de l’épidémie en décembre dernier ? On sait que les autorités locales ont initialement caché l’existence même de l’épidémie ; mais ont-elles pour autant été transparentes après les premières mesures de confinement le 23 janvier ?

Cela n’enlève rien au succès ultérieur de la maîtrise de l’épidémie par la Chine, et il ne s’agit pas seulement d’une affaire de véracité historique : ça conditionne le niveau d’informations et d’alerte dont disposaient les autres pays avant que l’épidémie ne sorte de Chine ; et ça joue encore aujourd’hui sur l’analyse des risques à venir. Or des doutes sérieux existent toujours, alors que la Chine revient à la vie normale.

Les interrogations sur les chiffres chinois -3300 morts pour toute la Chine, dont un peu plus de 2500 pour la seule ville de Wuhan- ont commencé lorsque l’Italie, puis l’Espagne, ont vu leur nombre de victimes s’envoler et dépasser celui de la Chine. Le Royaume uni, lui,  évoque le risque de 20 000 morts, les États-Unis dix fois plus.

Or Wuhan compte onze millions d’habitants, capitale d’une province qui, avec 60 millions d’habitants, a la taille des principaux États européens. L’épidémie y a été féroce, on se souvient de scènes d’hôpitaux dépassés, de soignants désemparés, et quelque 12 000 soignants ont dû être envoyés en renfort du reste de la Chine.

Il y a donc un mystère à constater une telle différence dans le bilan entre Wuhan et les foyers suivants. Mais un nouvel élément intriguant vient de relancer les interrogations.

En fin de semaine dernière, avec la levée progressive de deux mois de confinement, les habitants de Wuhan ont été autorisés à aller chercher les urnes funéraires de leurs disparus. Des urnes ont été livrées par milliers aux crématoriums de la ville, en nombre bien supérieur à celui des décès, et il fallait faire jusqu’à cinq heures de queue pour les récupérer. Certaines estimations vont ainsi jusqu’à un chiffre de 40 000 victimes de l’épidémie.

Ce mystère des urnes ne constitue pas une preuve, mais sème le trouble. Surtout sur la manière de compter les victimes. Les autorités de Wuhan ont changé six fois leur méthode de comptage, et il y a de forts doutes sur le fait que des défunts porteurs d’autres pathologies n’aient pas été comptés comme coronavirus. C’est ce qu’avait révélé le Dr Ai Fen, médecin qui a fait partie du groupe des lanceurs d’alerte réduits au silence. Elle a donné une interview explosive à un magazine ; depuis, elle a « disparu ».

En fait, dans les chiffres publiés quotidiennement, on fait des comparaisons qui sont très approximatives, soit parce que les données sont faussées, soit parce que les méthodes de comptage sont différentes. Ca a moins d’importance aujourd’hui, mais ça a pu en avoir quand il s’est agi de savoir comment interpréter l’épidémie venue de Chine.

Le problème est que l’Organisation mondiale de la Santé, dont on aurait attendu une vigilance sur ce plan, a fait preuve d’une grande complaisance, le mot est faible, vis-à-vis de Pékin, et n’a pas pleinement joué son rôle. 

Alors que le pouvoir chinois s’appuie sur son succès pour vanter les mérites de son système politique, une plus grande transparence est indispensable.

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