Une attaque des « Shebabs », un groupe qui a fait allégeance à Daech, a semé la panique dans le nord du Mozambique, près d’un chantier gazier géant du groupe Total, montrant les lourdes défaillances du gouvernement de Maputo.

Des centaines de milliers de civils ont été déplacés par la montée de l’insécurité dans le nord du Mozambique. Certains vivent dans des camps de déplacés comme celui-ci, dans le district de Metuge.
Des centaines de milliers de civils ont été déplacés par la montée de l’insécurité dans le nord du Mozambique. Certains vivent dans des camps de déplacés comme celui-ci, dans le district de Metuge. © AFP / Alfredo Zuniga / AFP

C’est une zone de conflit restée largement en dessous des radars jusqu’ici, et qui, avec une attaque spectaculaire, révèle l’ampleur de la crise sous-jacente. Ca se passe dans l’extrême nord du Mozambique, cette ancienne colonie portugaise toute en longueur le long de l’Océan indien. On y trouve le cocktail explosif d’une grande pauvreté, des plus grandes réserves de gaz offshore au monde dont le français Total a eu la concession, et une influence djihadiste auprès de la minorité musulmane.

Il y a une semaine, la ville de Palma, dans le Cabo Delgado, aux confins de la Tanzanie, a été attaquée par plusieurs centaines de rebelles armés. Ils appartenaient à un groupe surnommé « al-Shebab », les jeunes, apparu en 2017 et qui a fait allégeance à Daech, l’État islamique, décidément bien implanté en Afrique.

Cette attaque n’aurait pas fait les gros titres s’il n’y avait pas la proximité du site de Total et de ses sous-traitants, présents pour développer le plus gros investissement du moment en Afrique, 20 milliards de dollars. L’attaque, selon les informations qui filtrent lentement, a fait un nombre indéterminé de victimes, semé la panique, et montré toutes les failles sécuritaires de ce pays d’Afrique australe.

Les « Shebabs » ont ainsi prouvé qu’ils conservaient une capacité de nuisance au-delà de semer l’insécurité sur les routes de la région et de quelques attaques ponctuelles l’an dernier.

Le résultat le plus immédiat a été d’amener Total à interrompre la reprise de son chantier gazier géant qui avait déjà été arrêté pour des raisons de sécurité il y a trois mois. C’est un coup porté à l’économie mozambicaine, mais aussi à la crédibilité du pouvoir du gouvernement de Maputo.

Comment les quelques centaines de membres de ce groupe djihadiste, certes mieux armés qu’il y a un an ou deux lorsqu’ils n’avaient que des machettes, parviennent-ils à tenir en échec un État et son armée ? Ca pose question sur la réponse du gouvernement au défi posé par cette rébellion.

Comme toujours, l’étiquette Daech nous aveugle, et nous conduit à n’y voir que la dimension du combat global avec la mouvance djihadiste. Mais derrière la « franchise » djihadiste, il y a un contexte local : celui de jeunes marginalisés, d’énormes investissements qui ne profitent pas ou peu aux populations voisines, une corruption largement documentée, et l’indifférence d’un gouvernement situé à plus de 2300 kilomètres plus au sud.

La réponse de Maputo a été largement sécuritaire. Le Mozambique a d’abord fait appel aux mercenaires russes du groupe Wagner, 160 hommes venus en 2019, mais repartis après avoir essuyé des pertes. Ils ont été remplacés par des soldats privés sud-africains du Dyck Advisory Group (DAG), disposant d’hélicoptères armés. S’y ajoutent, l’entrainement de l’armée mozambicaine par les forces spéciales américaines, et par le Portugal.

Mais comme au Sahel, la réponse ne peut pas être uniquement sécuritaire, surtout avec des mercenaires, sans s’attaquer aux problèmes sociaux trop longtemps ignorés. Comme au Sahel, comme au Nigéria ou en Somalie, le djihadisme prospère là où l’État est défaillant.

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