C’est vers un Orient plus compliqué que jamais que vogue aujourd’hui Ségolène Royal. Par ce voyage, elle veut à la fois éclipser la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy et se montrer à la hauteur des complexités internationales qui attendent, quel qu’il soit, le prochain président de la République mais que va-t-elle pouvoir dire ? Sans même parler de l’Irak puisqu’elle ne s’y rendra pas, qu’est-ce que quiconque pourrait dire, aujourd’hui, du Liban, d’Israël et de la Palestine, les trois pays où elle est attendue, alors que tout y est pour l'heure illisible ou, en tout cas, incertain ? Au Liban, sa première étape, elle va trouver deux camps face-à-face, d’un côté les sunnites et la majorité des chrétiens, tous hostiles à la Syrie et, de l’autre, les chiites et une partie des chrétiens, les uns inféodés à la Syrie, les autres favorables, au nom du réalisme, à un modus vivendi avec ce puissant voisin. Entre ces deux camps, les passions sont à leur comble. Un affrontement menace et, dans cette tension, se mêlent, premièrement, l’aspiration des chiites à être reconnus pour ce qu’ils sont, la première communauté de ce pays éclaté ; deuxièmement, le refus de la Syrie d’admettre l’indépendance du Liban qu’elle considère comme une partie d’elle-même dont elle n’aurait été séparée que par les partages coloniaux et, troisièmement, l’instrumentalisation du premier des mouvements chiites, le Hezbollah, par la Syrie et l’Iran qui veulent monnayer, dans une incertaine alliance, la stabilisation du Liban contre la restitution du Golan syrien par Israël, la reconnaissance internationale d’une influence syrienne à Beyrouth et la promotion, surtout, de l’Iran comme interlocuteur privilégié des Etats-Unis au Proche-Orient. Même les Libanais s’y perdent et les choses ne sont pas moins compliquées entre Israël et la Palestine. Sur cette terre qu’on dit « sainte » alors qu’elle est la plus maudite de toutes, quelques lueurs d’espoir se sont allumées ces derniers jours. Les Palestiniens ont à peu près cessé, depuis dimanche, leurs tirs de roquettes depuis Gaza contre Israël. Les Israéliens ont, en conséquence, suspendu leurs opérations militaires contre ce territoire qu’ils avaient évacué en septembre 2005. Les négociations en vue d’un échange de prisonniers paraissent progresser. Les laïcs du Fatah et les islamistes du Hamas travaillent à la formation d’un gouvernement d’union nationale qui pourrait permettre la reprise de l’aide économique occidentale. Le Hamas, surtout, multiplie depuis samedi dernier les déclarations en faveur de la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, autrement dit de la coexistence de deux Etats le long de cette ligne. Des choses bougent mais elles ne bougent qu’en pointillés et dans des sables si mouvants qu’il est bien difficile de tenir, dans ces trois pays, un discours clair. Ségolène Royal prend des risques mais, si elle parvenait à y dépasser les généralités sur la paix et la bonne volonté, elle ne les aurait pas pris en vain.

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