Comment le définir ? Comme on ne sait pas trop où situer Hugo Chavez sur l’échiquier politique, qu’il est trop hors normes pour cela, on qualifie souvent le Président vénézuelien de « populiste », ce qui a l’avantage de ne pas vouloir dire grand-chose. Grand ami de Mahmoud Ahmadinejad, le Président iranien, auteur de deux tentatives de coup d’Etat avant d’avoir conquis le pouvoir par les urnes en 1999, cet officier parachutiste qui n’a pas complètement abandonné l’uniforme, soumet a référendum, dimanche, un projet de réforme constitutionnelle qui n’a rien d’un renforcement de la démocratie. Il souhaite pouvoir se représenter indéfiniment à la présidence, allonger son mandat de six à sept ans, désigner et démettre les autorités régionales et créer un état d’exception, de durée illimitée, permettant de suspendre la liberté d’information en cas de putsch, guerre ou désastre naturel. Cela sent son régime militaire à plein nez. Cela ne rappelle que trop le temps des dictatures dont l’Amérique latine n’est vraiment sortie qu’à la toute fin du dernier siècle mais Hugo Chavez, ce n’est pas que cela. Comme 69% de la population de son pays, c’est un métis qui incarne une revanche sur le pouvoir blanc et la simple réalité, surtout, du Venezuela. C’est aussi l’incarnation du diable pour les classes possédantes, grandes fortunes et grands propriétaires terriens qui ont tenté de le renverser en 2002, ce que lui-même et ses partisans n’ont pas oublié. Pour le plus grand bonheur de nombreux latino-américains, c’est également un pourfendeur, quasiment quotidien, des Etats-Unis et de Georges Bush qu’il est allé jusqu’à traîner dans la boue à la tribune des Nations unies. Hugo Chavez, c’est, enfin, un homme qui, Président du sixième exportateur mondial de pétrole brut, a décidé de consacrer une considérable part de cette manne à la lutte contre la pauvreté en créant des « missions », chargées de l’aide alimentaire, médicale, culturelle, vestimentaire aux plus démunis qui ont de très concrètes raisons de lui être reconnaissants. Avec une telle base populaire, le « oui » devrait être acquis mais, justement, il ne l’est pas. Le scrutin paraît, au contraire, extrêmement serré. Le dernier sondage en date donne même un point d’avance au « non » - 46% contre 45% - car il n’y a pas qu’à l’argent et à la droite que ce Président fait peur. Il inquiète aussi la majeure partie de la gauche qui lui reproche son tropisme dictatorial et sa confusion entre charité et développement, ses signes de croix et ses citations de Mao. Même dans les quartiers les plus pauvres, il a fini par faire naître un malaise tant les aides sociales s’accompagnent de tentatives d’endoctrinement et d’enrégimentement. Dans son syncrétisme politique, Hugo Chavez apparaît de plus en plus pour ce qu’il est – un homme convaincu d’être le bien à lui seul et décidé, pour « donner, dit-il, le pouvoir au peuple », à le concentrer entre ses mains.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.