Le paysage européen est tout, sauf rassurant. L’Union vient d’adopter un plan d’aide à l’Irlande mais la colère sociale et le chaos politique se développent si vite dans ce pays qu’il n’est pas du tout certain que son Parlement vote, dans huit jours, les mesures d’austérité auxquelles cette aide est conditionnée. La crise irlandaise n’est pas déjà canalisée et, parallèlement, l’accord auquel les 27 sont parvenus sur la pérennisation du fonds de solidarité européen créé lors de la crise grecque n’a pas désarmé les marchés. Convaincus que les finances du Portugal, de l’Espagne et de plusieurs autres pays européens demeurent fragiles, les banques et les fonds d’investissement continuent d’exiger de ces Etats des taux d’intérêt toujours plus élevés. Les investisseurs s’octroient, autrement dit, une prime de risque qui renchérit toujours plus le financement des dettes publiques dans l’Union et ce n’est pas tout. Non seulement les dernières prévisions en date n’annoncent aucune reprise de la croissance en Europe mais les plans de rigueur que ses Etats s’imposent risquent de ralentir encore l’activité économique et, donc, de faire baisser les rentrées fiscales. Dans une spirale connue, la lutte contre les déficits pourrait bien nourrir les déficits et cela risque d’aggraver la situation présente en faisant à nouveau s’envoler les taux d’intérêt dont les pays européens devront s’acquitter pour pouvoir se refinancer. Une spirale infernale menace l’Europe et elle est d’autant plus préoccupante que ses opinions publiques sont travaillées par la peur du monde extérieur et la tentation du repli national. Aux quatre coins de l’Union, les Européens sont en quête de protections, de frontières, d’un Etat qui puisse les rassurer et comme ils ne le trouvent pas au niveau européen puisqu’il n’y existe pas, ils rêvent toujours plus de retrouver les Etats nations d’un passé mythifié. A la crise financière s’ajoute, ainsi, une crise politique et leur combinaison peut finir par ébranler la monnaie unique, non pas seulement la faire baisser ce qui est une bonne chose mais la remettre en question. Ce serait alors le début du délitement de l’Europe, scénario dans lequel nos pays commenceraient à défendre leurs exportations à coup de dévaluations compétitives, s’affaibliraient les uns les autres avant de tous se retrouver seuls, chacun pour soi, dans un monde que dominent les Etats-continents. On n’y est évidemment pas. Ce n’est pas pour le mois prochain mais cet horizon se rapprochera toujours plus tant que les Européens, gouvernants et gouvernés, n’accepteront pas l’idée qu’il est impossible de garder une monnaie commune sans harmoniser leurs budgets, leurs fiscalités et leurs protections sociales, sans avoir de politiques communes et bientôt un gouvernement commun qui leur permettraient d’investir ensemble dans la ré-industrialisation de leurs pays, condition sine qua non d’une reprise de la croissance, de la baisse du chômage et du rétablissement des finances publiques. L’Europe aurait tous les moyens de se remettre sur pieds mais, pour l’heure, il lui manque des dirigeants à même de tracer la voie.

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