Le régime iranien n’avait vraiment pas besoin de cela. Mis en accusation, au début du mois, par l’AIEA, l’Agence internationale pour l’énergie atomique, dont le dernier rapport souligne que certaines de ses recherches nucléaires ne peuvent viser qu’à le doter de la bombe, frappé, depuis, par de nouvelles sanctions économiques occidentales, ce pouvoir ne pouvait pas se mettre en position de se faire condamner par les deux seuls soutiens diplomatiques qui lui restent, la Chine et la Russie.

C’est pourtant ce qu’il a fait en laissant, hier, plusieurs centaines de ses miliciens envahir et saccager l’ambassade de Grande-Bretagne à Téhéran et un local qui en dépend. Dans les heures qui ont suivi, le Conseil de sécurité des Nations-Unies, Chine et Russie comprises, condamnait, dans « les termes les plus sévères », ce coup de main que les Affaires étrangères russes ont qualifié « d’inacceptable » tandis que les capitales occidentales rivalisaient de fermeté dans l’expression de leur réprobation.

L’Iran vient ainsi de se tirer dans le pied. C’est tellement évident qu’il a finalement « regretté » ces incidents en rappelant son respect des conventions internationales protégeant les missions diplomatiques mais comment expliquer alors ces intrusions qui ne pouvaient rien devoir, bien sûr, au hasard ou à un débordement des forces de l’ordre dans un pays aussi policier que la République islamique ?

La réponse est que cette théocratie perd la boule. Honnie par la population iranienne depuis qu’elle a truqué la dernière présidentielle pour assurer la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, rejetée par une jeunesse qui n’en peut plus du voile, du puritanisme et de l’hypocrisie des mollahs, non seulement elle ne se survit que par la force mais elle accumule les revers. A l’intérieur, ce régime se fractionne entre les partisans du Guide suprême, Ali Khamenei, et ceux du président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, car le Guide prépare déjà la succession du président auquel la Constitution interdit de briguer un troisième mandat en 2013 alors que l’équipe présidentielle entend bien conserver les rênes en mettant l’un des siens sur orbite.

Entre ces deux camps, la lutte est ouverte, pleine de coups bas et d’autant plus violente que l’Iran est en train de perdre, avec l’affaiblissement du régime syrien, l’indispensable allié qui lui permettait de se projeter au cœur du monde arabe. Frappé d’illégitimité par le rejet populaire et menacé d’un total isolement régional, ce régime ne peut même plus compter sur son unité et souffre, de surcroît, des sanctions internationales qui essoufflent une économie déjà mal en point. La théocratie iranienne est dos au mur et certains de ses éléments, se réclamant du Guide, ont tenté, hier, de prendre la main en voulant rejouer, à l’ambassade de Grande-Bretagne, ce moment clé du régime qu’avait été la prise d’otages de 1979 à l’ambassade américaine grâce à laquelle les mollahs avaient assuré leur mainmise sur le pays. Leur tentative a tourné court car ce régime n’a plus les moyens de jouer aussi gros.

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