Aussi important qu’il soit, c’est un pas qui laisse encore à faire tout le chemin. Le Premier ministre israélien a raison de dire que la résolution par laquelle l’Assemblée générale de l’Onu a donné hier soir à la Palestine un statut d’Etat observateur aux Nations-Unies, d’observateur mais d’Etat, « ne changera rien sur le terrain ».

La situation n’en a pas changé d’un iota et pas seulement parce que cet Etat, Israël ne le reconnaît pour autant pas et conserve tous les moyens de ne pas le faire puisqu’il a une armée dont les Palestiniens, eux, ne disposent pas. C’est le fait majeur mais il faut y ajouter une autre réalité, tout aussi incontournable, qui est que le mouvement national palestinien est totalement divisé entre deux forces et deux territoires, les islamistes du Hamas qui règnent à Gaza et les laïques du Fatah qui contrôlent une partie de la Cisjordanie sous l’autorité d’un président, Mahmoud Abbas, homme de compromis dont la modération et l’obstination ont fait cette majorité de 138 voix sur 193 à l’Assemblée générale.

Résolution ou pas, la Palestine demeure un Etat non seulement virtuel mais également divisé et cela restera vrai tant que les Palestiniens n’auront pas retrouvé leur unité et négocié un règlement définitif avec Israël. Autant dire que la plus longue des guerres n’est toujours pas près de s’achever mais la donne israélo-palestinienne n’est pourtant plus la même depuis hier.

La communauté internationale, premièrement, vient de solennellement réaffirmer, pour la première fois depuis le plan de partage de 1947, que les deux peuples qui se disputent cette terre ont également droit à des Etats, Israël et la Palestine, qui doivent coexister dans les frontières de 1967. Bases de la négociation à venir un jour, les lignes de partage et l’objectif ont maintenant été fixés par l’Assemblée générale. Mahmoud Abbas n’a pas tort de dire que c’est là « l’acte de naissance » de la Palestine comme la résolution de 1947 avait été celui d’Israël. Cela donne aux Palestiniens un poids diplomatique nouveau leur permettant demain, si des négociations bilatérales ne s’engagent pas bientôt, de se tourner vers la Cour pénale internationale pour faire sanctionner l’occupation de leurs territoires désormais reconnus comme Etat.

Ceux des Palestiniens, en deuxième lieu, qui prêchaient la diplomatie plutôt que la violence viennent de voir leurs efforts récompensés par cette victoire politique. Le Fatah a repris hier l’avantage sur ses rivaux islamistes qui ont dû qualifier cette résolution de victoire commune après s’être finalement résolu à approuver la démarche de Mahmoud Abbas alors même que la charte du Hamas leur assigne toujours la destruction d’Israël comme objectif.

Fondamentales, ces deux évolutions interviennent, en troisième lieu, au moment même où l’Iran et son allié, le régime syrien, reculent sur la scène régionale au profit d’un nouvel axe constitué par le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite et la nouvelle majorité islamiste en Egypte, de forces qui soutiennent toutes les Palestiniens avec une nouvelle vigueur mais tiennent à leurs bonnes relations avec les Etats-Unis et sont ouvertes à la perspective d’un compromis historique avec Israël. Rien n’a changé mais la situation n’est plus la même.

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