Escalade ou compromis ? La guerre commerciale sino-américaine est suspendue à la rencontre des présidents des deux pays en marge du G20 à Buenos Aires. Même en cas de compromis, la rivalité stratégique ne disparaîtra pas.

Poignée de mains Donald Trump – Xi Jinping le 9 novembre 2017 à Pékin, lors d’une visite officielle du Président américain en Chine.
Poignée de mains Donald Trump – Xi Jinping le 9 novembre 2017 à Pékin, lors d’une visite officielle du Président américain en Chine. © AFP / Fred DUFOUR / AFP

A Buenos Aires ce weekend, tous les regards inquiets sont sur eux : Donald Trump et Xi Jinping, les présidents américain et chinois, les deux géants engagés dans une guerre commerciale qui peut déstabiliser l’économie mondiale.

Depuis des mois, ils mènent une surenchère de taxes sur une partie de leurs échanges commerciaux, et si aucun accord politique n’intervient à Buenos Aires, Donald Trump menace d’imposer au 1er janvier des taxes sur l’ensemble des exportations chinoises vers les États-Unis, soit quelque 500 milliards de dollars ! L’impact serait considérable sur tous les continents.

Le climat des derniers jours n’a pas été très favorable. Néanmoins, la possibilité existe que Pékin fasse quelques concessions sur l’ouverture de son marché, et que Donald Trump s’en saisisse pour revendiquer un immense succès. La théâtralisation fait partie du rituel des sommets internationaux.

Un accord, même modeste, à Buenos Aires, ne serait qu’un répit. Car il apparait désormais clairement qu’au-delà de la dimension  commerciale, l’enjeu est celui de la relation globale entre les deux géants du XXI° siècle.

Ce que les dirigeants chinois ont visiblement mis du temps à comprendre, c’est qu’ils n’ont pas seulement à faire à un Président excentrique. Donald Trump incarne, à sa manière, un changement d’attitude radical des États-Unis vis-à-vis de la Chine, et qu’il y a autant d’hostilité du côté démocrate qu’à la Maison Blanche.

La raison en est que les Américains ont le sentiment de s’être faits avoir. Ils ont ouvert les portes de l’Organisation mondiale du Commerce à la Chine en 2001, y ont investi et importé massivement du made in China ; pour se retrouver avec un pays qui, à leurs yeux, ne joue pas le jeu. 

Même s’ils ne l’expriment pas de la même manière, les Européens partagent ce  sentiment : Emmanuel Macron a exigé la « réciprocité » lors d’un voyage en Chine, et Angela Merkel soutient désormais le contrôle des investissements chinois en Europe.

Les sujets de contentieux entre les États-Unis et la Chine sont tellement nombreux qu’une longue période d’hostilité est inévitable, et prendra, de fait, des allures de guerre froide.

Les dirigeants chinois ont d’ores et déjà tiré cette conclusion après cette année 2018 difficile, et accélèrent leur quête de souveraineté technologique. Deux mondes parallèles sont en train d’émerger.

La période actuelle ressemble à un réel désamour entre d’un côté la Chine qui a remplacé son rêve américain par un « modèle chinois » façonné de manière autoritaire par Xi Jinping ;  et de l’autre les États-Unis qui, à la manière brouillonne de Donald Trump, réalisent que la Chine ne prend assurément pas le chemin de l’ouverture escomptée.

Concluant une remarquable série d’articles sur les relations sino-américaines, le New York Times titrait hier « le chemin de la confrontation ».

A dîner samedi, Donald Trump et Xi Jinping trouveront peut-être un compromis commercial, mais leur rivalité stratégique, elle, ne fait que commencer.

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