Une formidable bataille est en cours au Kremlin. L’enjeu n’en est rien de moins que le contrôle et l’avenir de la Russie, du plus grand pays du monde, puissance déchue mais immensément riche en pétrole dont elle est en passe, sur arrière-fond de crise proche-orientale, de devenir le moins incertain des grands producteurs. Dans cette bataille, d’abord russe mais mondiale par ses implications, deux clans s’affrontent. D’un côté, les hommes de l’ancien KGB, la toute puissante machine dont Vladimir Poutine était un rouage avant de devenir Président et sur laquelle il s’appuie comme elle s’appuie sur lui. De l’autre, les hommes qui ont fait de Vladimir Poutine un Président, les grandes figures de la famille Eltsine, d’un clan qui avait du, pour conserver le pouvoir, organiser lui-même la relève de son chef, trop alcoolique, trop vieux, et trop compromis, surtout, dans les scandales financiers de son ère pour continuer à régner. Quand on dit, en Russie, la « famille » Eltsine, c’est au sens sicilien de ce mot et, mis en place par cette mafia dont il n’était qu’un deuxième couteau, Vladimir Poutine en était l’otage. La famille avait barre sur lui. Elle en savait assez sur les affaires auxquelles il avait été mêlé et sur le rôle qu’il avait joué dans la relance de la guerre de Tchétchénie, le tremplin grâce auquel il s’était fait élire, pour que ce nouveau Président soit tenu. Vladimir Poutine gouvernait, bien sûr. Il était le Président mais il devait composer avec ses parrains, respecter leurs intérêts, et cette limitation de son pouvoir lui était aussi désagréable qu’elle était insupportable à ses amis des services de sécurité, à cette jeune génération de policiers dans laquelle il a puisé tous ses collaborateurs. Jour après jour, Vladimir Poutine s’est donc créé son propre réseau de pouvoir, a tissé sa toile sur la Russie et la puissance de ce nouveau clan qui veut le pouvoir et le gâteau est devenue telle qu’elle a inquiété l’homme le plus riche de Russie, Mikhaïl Khodorkovski. Premier actionnaire de Ioukos, dont il a fait la quatrième compagnie pétrolière mondiale, Mikhaïl Khodorkovski est un pirate de haut vol, l’un de ces « oligarches », dit-on en Russie, qui, sous couvert de privatisations, s’étaient appropriés, dans les années Eltsine et moyennant redevance à la famille, l’essentiel de ce qui fut, en URSS, la propriété collective. Comme beaucoup de ses pairs, il voudrait aujourd’hui légaliser son butin, ne plus dépendre des aléa politiques, contribuer donc à une stabilisation du pays en faisant de la Russie un Etat de droit régi par l’alternance démocratique. C’est la raison pour laquelle il avait commencé à subventionner les forces d’opposition, les libéraux comme les communistes, ce qui lui a valu d’être jeté en prison samedi dernier. Défiées à l’aube d’une année électorale, les forces policières ont frappé. Même le fondé de pouvoir du clan Eltsine, Alexandre Volochine, resté jusqu’aujourd’hui chef de l’administration présidentielle, est maintenant poussé à la démission. La bataille fait rage. Il y aura des vainqueurs et des vaincus.

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