Peut-on à la fois améliorer le sort des plus démunis et respecter l’équilibre budgétaire, s’attacher l’électorat le plus populaire et ne pas dresser contre soi le mur de l’argent ? A gauche comme à droite, à peu près partout dans le monde, on tend de plus en plus à répondre que, non, ce ne serait pas possible, que ce serait l’un ou l’autre, mais Luiz Inacio Lula da Silva, dit « Lula », président sortant du Brésil vient de prouver le contraire. Triomphalement réélu, hier, avec quelque 60% des suffrages exprimés, cet homme né dans la misère la plus noire et qui avait commencé à travailler, enfant, comme cireur de chaussures a bel et bien su, à la fois, ne pas trahir les espoirs placés en lui, lutter contre l’inflation et ne pas tirer de chèques sur l’avenir pour financer les programmes sociaux qu’il a mis en place. Entré en politique lorsqu’il avait pris, en 1975, la direction du syndicat des métallurgistes, fondateur, en 1980, d’un Parti des Travailleurs qui avait réuni des syndicalistes, des trotskystes et des chrétiens de gauche engagés dans le combat contre l’extrême pauvreté, trois fois candidat malheureux et, finalement, élu en 2002, le révolutionnaire qu’il fut est devenu social-démocrate. Les échecs, les victoires, l’expérience, lui ont appris qu’on n’arrivait à rien sans compromis, sans savoir concilier, autrement dit, dans l’équilibre le plus juste possible, les exigences économiques du marché et l’impératif moral, et politique, de l’équité sans laquelle il n’est ni de justice ni de stabilité ni de cohésion – en un mot, pas d’avenir. Il a augmenté le salaire minimum bien au dessus de l’inflation. Il a développé, pour ne pas dire créé, la protection sociale en dotant 11 millions de foyers démunis de tout, 44 millions de personnes, d’une « Bourse Famille ». Il a étendu d’autres programmes d’aide sociale mais l’économie brésilienne n’en a pas été, pour autant, déstabilisée car il a, dans le même temps, respecté les grands équilibres hors desquels les entreprises périclitent et la misère, au bout du compte, s’accroît. Au premier tour de cette présidentielle, le 1er octobre, il avait raté de peu la majorité en raison d’un scandale politique, une tentative de son parti d’acheter un dossier compromettant pour l’opposition. Son adversaire de centre droit, dont la formation est essentiellement proche des milieux patronaux avait alors eu le vent en poupe. Un temps, l’élection était devenue ouverte mais, devant le choix entre libéralisme et social-démocratie, la gauche et le centre-gauche ont resserré les rangs et remis Lula en selle dont la tâche sera, maintenant, de trouver le point d’harmonie entre les salaires et le pouvoir d’achat d’un côté, la compétitivité et la croissance de l’autre. Ce ne sera pas aisé mais même la Chine commence à découvrir que le taux de croissance n’est pas tout, que l’économie a aussi besoin de consensus.

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