Ce n’est ni le lieu ni déjà, surtout, le moment de juger. Les animateurs de l’Arche de Zoé ne sont-ils coupables que d’avoir trop voulu bien faire, de n’avoir écouté que leur cœur sans se soucier des précautions et des conséquences de leur élan ? Etaient-ils moins clairs que cela, peut-être prêts à tirer profit, comme tant d’autres, de l’irrépressible besoin d’enfants de ceux qui n’en ont pas ? On l’ignore encore. Cela commande de respecter la présomption d’innocence – aux deux sens du terme, en l’occurrence – mais rien n’interdit, en revanche, de s’interroger, devant cette affaire, sur les ONG, les Organisations non gouvernementales. C’est un jeune médecin, Bernard Kouchner, aujourd’hui devenu ministre français des Affaires étrangères, qui les a inventées, à la fin des années soixante, en réunissant des équipes de volontaires, des humanistes prêts à risquer leur vie et abandonner leur carrière pour aller soigner, nourrir, sauver les innombrables victimes, des enfants avant tout, de l’abominable guerre née de la sécession du Biafra, l’une des régions du Nigeria. Peu de temps plus tard, avec la même énergie, mobilisant les soutiens, contournant tous les obstacles, Bernard Kouchner et ses amis se lançaient, sur un vieux rafiot, dans le sauvetage des Vietnamiens fuyant le communisme en barques, mourrant de faim, de soif et proies des requins. Un mythe était né, celui de citoyens du monde, relayant des Etats indifférents pour aller secourir, sans frontières, tous les damnés de la terre pour la seule raison que tous les hommes sont des frères. Qui pouvait ne pas applaudir ? Comment cet altruisme et ce courage ne seraient-ils pas devenus un mythe créateur, mobilisant des centaines, des milliers, des dizaines de milliers, bientôt, d’hommes et de femmes de tout âge et de toute nationalité qui tous voulaient en faire autant, multipliant les ONG et faisant de l’humanitaire un phénomène universel, objet d’un consensus général – dictateurs mis à part. Ce fut, c’est toujours, l’un des beaux moments de l’histoire humaine, noblesse de cœur et générosité, mais il y a un danger inhérent aux consensus. Dès lors qu’une chose n’est plus discutée, que chacun s’incline devant elle, elle attire sous son manteau bien des gens plus prêts à s’en servir qu’à servir. Comment faire le tri ? Comment, à quel titre, écarter les benêts maladroits qui trouvent là une raison de vivre ? Comment, surtout, prévenir les manipulations, celles d’Etats soudain bienveillants mais bien conscients de leurs intérêts ? Celles de gouvernements pas du tout démocratiques qui soudain s’inventent leur bras et leur paravent humanitaire ? Celles, tout simplement, d’escrocs à l’affût d’une bonne affaire ? Les garde-fous existent, mis en place par les organisations humanitaires elles-mêmes. Il y a des chartes, des contrôles, des validations mais le phénomène humanitaire est devenu tel qu’il demande aujourd’hui, comme tout, recul et esprit critique.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.