C’est un constat formulé par le ministre britannique des Finances, le très libéral Alistair Darling. « Les gouvernements du monde entier, déclarait-il hier soir à Londres, recourent à des approches abandonnées jusqu’il y a peu aux oubliettes de l’histoire ». Ces approches, ce sont l’intervention de l’Etat dans l’économie, le recours à des aides industrielles ciblées, la relance par les dépenses budgétaires – tout ce que le libéralisme, en bref, avait condamné depuis le milieu des années soixante-dix dans une furie de déréglementation, de privatisations et de recul organisé de la puissance publique dont les cinq continents paient aujourd’hui le prix. « L’Etat n’est pas la solution mais le problème », martelaient les libéraux mais la seule journée d’hier a renversé la formule qui redevient, de fait, « L’Etat n’est pas le problème mais la solution ». Commençons par Alistair Darling. « Les marchés changent, la politique doit changer aussi », expliquait-il dans ce même discours, fait pour annoncer une hausse des investissements publics et l’abandon, conjoncturel bien sûr, des « règles d’or » qu’avait édictées son prédécesseur, l’actuel Premier ministre Gordon Brown, en limitant la dette publique à 40% du PIB et n’admettant l’emprunt que pour le financement d’investissements durables. Douze heures plus tôt, un quotidien allemand publiait une interview du commissaire européen à l’industrie, Günter Verheugen, dans laquelle il proposait que soient accordés des « avantages fiscaux » et des prêts à taux réduit à l’industrie automobile. Avancée par la France, cette idée avait, d’abord, fait froncer les sourcils dans bien des capitales européennes. « Pas le rôle de l’Etat, dirigisme, entorse à la concurrence » etc. mais, les difficultés économiques se précisant, les libéraux ont bien du admettre qu’il y avait urgence, face à la croissance du chômage et aux aides massives, surtout, que les Etats-Unis vont apporter à leurs propres constructeurs. Gardienne des traités, la Commission a maintenant admis qu’il fallait prêter la main aux marques européennes et ce n’est pas tout. Quelques heures plus tard, elle annonçait qu’elle présentera, le 26 novembre, un « plan complet de relance » qui devrait comporter un renforcement des moyens de la Banque européenne d’investissement et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement ainsi qu’une accélération des aides aux régions européennes les plus défavorisées. Cela s’appelle, en clair, de l’investissement public et, mercredi toujours, la chancelière allemande annonçait des mesures de soutien à la conjoncture – la même chose – tandis que la Commission encore, décidément, de plus en plus interventionniste, assurait qu’elle se montrerait souple face aux déficits nationaux et s’engageait dans une aide financière aux Etats membres les plus menacés par la crise. L’Europe devient keynésienne. C’était absolument prévisible et c’est tant mieux car c’est dans des politiques économiques communes qu’elle défendra ses intérêts et s’affirmera.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.