Ca n’a pas été « non » mais ca n’a pas été, non plus, un « oui concret ». Malgré les « discussions approfondies » qu’elle a menées, hier, avec le président algérien, la secrétaire d’Etat américaine, n’a pas encore su le convaincre d’approuver et appuyer l’intervention contre les groupes islamistes qui font régner la terreur au Nord Mali depuis le printemps.

Les contacts vont se poursuivre, a déclaré Hilary Clinton en assurant avoir « beaucoup apprécié » l’analyse de la complexité de la situation malienne que lui a présentée Abdelaziz Bouteflika mais, courtoisies diplomatiques ou pas, quatre raisons retiennent l’Algérie de s’engager dans cette crise aux côtés de la France, des Etats-Unis et de pays de la Cédéao, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest.

La première est que l’Algérie reste allergique à tout renforcement de la présence ou même de l’influence française à ses frontières. Un demi-siècle après avoir recouvré son indépendance, l’Algérie continue de se méfier de son ancienne puissance coloniale et cela d’autant plus qu’elle a désapprouvé son rôle dans le renversement du colonel Kadhafi et, plus généralement, le soutien des Occidentaux aux révolutions arabes qui sont perçues comme une menace par le pouvoir algérien.

La deuxième est que l’Aqmi, al Qaëda au Maghreb islamique, l’un des groupes qui a pris le contrôle du Nord Mali, est essentiellement constitué d’islamistes algériens qui avaient trouvé refuge au Sahel après avoir été militairement défaits à la fin des années 90. L’Algérie ne veut pas se retrouver aux prises avec eux et la troisième raison pour laquelle elle est si réticente à appuyer cette intervention est que 50 000 de ses citoyens sont des Touaregs, vivant aux frontières du Sahel et très proches des Touaregs du Mali, ceux-là mêmes dont l’aspiration indépendantiste a permis aux islamistes de prendre pied au Nord de ce pays.

L’Algérie craint de susciter une question touareg sur son territoire et la quatrième raison de sa réticence est qu’elle veut encore croire en la possibilité de faire éclater par la négociation le fragile front qui s’est formé entre les islamistes touaregs et Aqmi. L’Algérie est tout, sauf allante et sa prudence gêne considérablement la France et les Etats-Unis qui ne voient pas comment leur appui logistique pourrait garantir le succès de l’intervention africaine qu’ils préparent si le plus puissant Etat de la région ne leur prête pas la main. Français et Américains vont donc continuer à tenter de convaincre l’Algérie de sortir de son attentisme mais, s’ils n’y parvenaient pas, un point d’interrogation supplémentaire pèserait alors sur cette opération dont les points faibles sont nombreux.

Mal entraînées, les troupes du Mali et de la Cédéao peuvent sans doute reprendre les villes du Nord Mali mais plus difficilement les sécuriserà long terme et moins encore rétablir l’ordre dans le vaste Sahel si la frontière algéro-malienne n’est pas hermétiquement fermée et si les renseignements algériens ne leur apportent pas un complet soutien. Cette intervention reste aussi nécessaire qu’aléatoire.

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