Géopolitique, par Anthony Bellanger

Depuis quelques jours, la Russie semble tenir pour acquis que la France lui livrera mi-novembre le 1er des deux vaisseaux de classe Mistral…

L’info est passée par le compte Twitter du vice-1er ministre russe, Dimitri Rogozine. Il s’agirait d’une lettre quasi officielle invitant les Russes à une cérémonie à Saint Nazaire le 14 novembre prochain.

Une cérémonie de remise du Vladivostok, le premier porte-hélicoptères amphibie d’assaut de classe Mistral vendu par la France à la Russie, et du mise à l’eau du second, le futur Sébastopol. Un tweet qui embarrasse évidemment Paris.

Du côté de l’Elysée et du ministère de la Défense, l’on ne dément rien, on explique qu’aucune décision n’est encore prise mais qu’elle devrait venir, cette décision « courant novembre. En somme, juste temps pour la cérémonie franco-russe du 14.

Les Russes prendraient donc un malin plaisir à nous embarrasser ?

Pourquoi se gêner ? On leur tend le bâton pour se faire battre ! Comme on ne veut ni payer les dédommagements qu’entraineraient un dédit, ni se fâcher avec nos alliés, on minaude depuis des mois et espérant que le ciel nous aidera.

Mais je vous rassure, en ce moment, nous ne sommes pas les seuls à être ainsi testés par les Russes. La semaine dernière, c’était les Suédois. Pendant 8 jours, ils ont cherché dans les eaux de Stockholm un mystérieux sous-marin russe.

Sans jamais le trouver. Même tarif pour les Norvégiens qui ont repéré, et même photographié un énorme sous-marin nucléaire émergeant de la calotte glaciaire arctique… Pour aussitôt replonger.

Pourquoi les Russes jouent-ils à ce jeu du chat et de la souris ?

Le réponse est vieille comme Machiavel : diviser pour mieux régner. A Moscou on veut desserrer l’étau de l’Alliance atlantique, alors du coup on joue sur chacune des touches sensibles comme sur un piano.

Les Suédois viennent d’élire un gouvernement ce centre-gauche, c’était en septembre. Alors on le teste. Les Norvégiens ont une frontière commune avec la Russie et une armée très sensible : un bout de sous-marin et hop, c’est la une !

J’ajoute qu’en plus, tout ce qui touche à l’Arctique agace les Norvégiens mais aussi les Danois, les Canadiens et les Américains : il y a du pétrole et du gaz sous l’Arctique et des négociations très sensibles pour délimiter les zones de chacun.

Autrement dit, un sous-marin nucléaire sous la calotte glaciaire norvégienne et c’est l’alarme qui retentit dans la moitié du monde. C’est pas cher et c’est très efficace comme technique.

En clair, les Russes jouent au maillon faible. Et avec l’histoire des Mistral (livrera, livrera pas) la Russie officielle s’en donne évidemment à cœur joie avec nous et pour pas mal de temps encore !

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