Après des résultats électoraux désastreux, Angela Merkel amorce sa sortie en deux temps, une mauvaise nouvelle pour les projets de relance européenne d’Emmanuel Macron.

La Chancelière Angela Merkel, lundi 29 octobre, au siège de la CDU, lorsqu’elle a annoncé qu’elle renonçait à se représenter à la présidence du parti en décembre prochain.
La Chancelière Angela Merkel, lundi 29 octobre, au siège de la CDU, lorsqu’elle a annoncé qu’elle renonçait à se représenter à la présidence du parti en décembre prochain. © AFP / Markus HEINE / AFP

C’est une mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron et sa vision de relance de l’Europe, victime collatérale de la crise politique ouverte en Allemagne. 

Après treize années à la tête du gouvernement allemand, dix-huit années comme chef de son parti chrétien démocrate, Angela Merkel a donc donné hier le signal du départ. En deux étapes : la Chancelière ne se représentera pas à la présidence de la CDU en décembre, tout en assurant qu’elle restera Chancelière jusqu’au bout de la législature, fin 2021.

Angela Merkel a tiré les leçons des résultats des deux dernières élections régionales en Allemagne, en Bavière et dans le Land de Hesse, et de leurs résultats désastreux pour les partis de la coalition au pouvoir à Berlin. 

Même si elle a tranché, et vite, l’incertitude est désormais installée : la grande coalition avec le parti social-démocrate, encore plus affaibli que la CDU et tenté par une cure d’opposition, survivra-t-elle encore longtemps ? Et surtout, Angela Merkel, ainsi fragilisée, pourra-t-elle réellement aller au bout de son mandat ?

L’Europe n’avait pas besoin d’une Allemagne au leadership incertain. La fin de négociation extrêmement tendue sur le Brexit, le bras de fer avec l’Italie sur son budget, ou encore les tensions avec la Pologne et la Hongrie sur leurs politiques « illibérales », sont autant de dossiers sur lesquels l’Allemagne joue un rôle-clé.

Mais surtout, ce sont les propositions d’Emmanuel Macron pour la relance de l’Europe qui s’éloignent encore un peu plus.

Replaçons nous dix-huit mois en arrière. L’élection d’un Président très européen en France semblait annoncer un alignement des planètes exceptionnel. Quelques mois plus tard, les élections allemandes étaient censées conforter le pouvoir d’Angela Merkel, qui semblait intéressée par l’audace du nouvel occupant de l’Elysée, le quatrième depuis qu’elle est Chancelière.

Mais rien ne s’est passé comme prévu. Le résultat des élections fédérales a fragilisé la Chancelière, avec l’entrée en force du parti anti-migrants AFD au Bundestag, et une coalition qu’il lui faudra six mois à mettre sur pied. Entre temps, l’environnement européen a changé, avec la poursuite de la poussée des populistes, en particulier en Italie où ils sont désormais au pouvoir.

Depuis toujours en Europe, l’entente franco-allemande est nécessaire, même si elle n’est pas suffisante pour faire avancer les réformes. 

Or l’appétit pour de grandes ambitions européennes n’est plus au rendez-vous en Allemagne, qui risque d’être accaparée par ses enjeux de succession, et donc de réévaluation des choix politiques. 

Emmanuel Macron lui-même n’est pas aussi flamboyant qu’il pouvait l’être à ses débuts, et son choix de stratégie pour les élections européennes de mai prochain –« progressistes » contre « nationalistes »- est clivant au lieu de rassembler.

Alors Emmanuel Macron et Angela Merkel devront s’entendre sur un nouvel agenda pour les mois qui viennent, destiné à sauver ce qui peut l’être plutôt qu’à ouvrir de nouveaux chantiers. L’imprévisibilité européenne est désormais plus à Berlin qu’à Paris, c’est nouveau, et pas vraiment rassurant.

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