Le chef du gouvernement libanais Saad Hariri a démissionné mardi, donnant satisfaction aux manifestants, mais contre l’avis du Hezbollah qui brandit la menace d’une nouvelle guerre civile.

Le premier ministre libanais Saad Hariri annonce sa démission lors d’une courte allocution, mardi 29 octobre à Beyrouth, devant le portrait de son père, l’ancien premier ministre Rafic Hariri assassiné en 2005.
Le premier ministre libanais Saad Hariri annonce sa démission lors d’une courte allocution, mardi 29 octobre à Beyrouth, devant le portrait de son père, l’ancien premier ministre Rafic Hariri assassiné en 2005. © AFP / DALATI AND NOHRA / AFP

En annonçant sa démission hier, dans une courte allocution, Saad Hariri a repris une phrase de son père, l’ancien premier ministre Rafic Hariri, assassiné en 2005 : « personne n’est plus grand que le pays ». C’était une manière pour lui de donner la mesure du moment historique que vit de nouveau le Liban, un moment de crise dans lequel se mêlent à la fois l’espoir et la crainte.

Saad Hariri a tiré les leçons de ce qu’il a décrit comme une « impasse » : des protestations massives de Libanais de toutes confessions, que n’ont pas dissuadé les discours lénifiants du président et du premier ministre.

Mais surtout, il a démissionné quelques heures après les premiers signes de violence dans ce qui était jusque-là une révolution pacifique et joyeuse. Hier, des partisans du Hezbollah et d’Amal, deux organisations chiites pro-iraniennes, s’en sont pris violemment aux manifestants à Beyrouth. En démissionnant, le premier ministre a voulu mettre tout le monde face à ses responsabilités.

Le Liban a fait hier un saut dans l’inconnu. Saad Hariri a démissionné contre l’avis du Hezbollah, la force politico-militaire chiite qui joue un rôle-clé dans l’équilibre politique aujourd’hui rompu. 

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait mis en garde, la veille, contre le risque du chaos et même d’une nouvelle guerre civile en cas de vacance du pouvoir. Ce ne sont pas des propos en l’air quand on connait l’armement dont dispose le Hezbollah, dont les combattants ont apporté un appui décisif au pouvoir de Bachar el-Assad en Syrie.

En donnant satisfaction aux manifestants qui réclamaient un changement profond depuis bientôt deux semaines, Saad Hariri met le Hezbollah au pied du mur. C’est lui qui doit désormais décider s’il choisit la politique du pire, au risque de plonger le pays dans une crise plus grave encore, ou s’il temporise en permettant un gouvernement de technocrates, peut-être même dirigé par Saad Hariri pour sauver le pays de la banqueroute.

Car tout ceci se déroule sur fond de crise, voire même de faillite économique. Le gouverneur de la Banque centrale libanaise, Riad Salamé, qui dirige cette institution depuis un quart de siècle, a déclaré sur CNN que le Liban est à quelques jours d’un effondrement économique, avant de revenir sur ses propos. Les banques libanaises sont fermées depuis plusieurs jours, et ne vont pas rouvrir alors que le mois s’achève et que les salaires doivent être payés.

Le Liban est l’un des pays les plus endettés au monde, et vit des envois de la diaspora libanaise et de l’aide internationale. Et le partage du pouvoir entre les clans confessionnels paralyse depuis des années toute réforme authentique.

C’est ce que dénoncent les Libanais qui se savent assis sur un volcan, mais veulent croire en la possibilité d’une issue positive à leur mouvement sans précédent. S’ils parviennent à maintenir leur unité au-delà des barrières communautaires, ils envoient un puissant message aux factions politiques dépassées : celui de leur foi en un nouveau Liban. La démission de Saad Hariri ne peut que les encourager sur cette voie.

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