Ils n’y avaient pas pensé. Pour ces quelques quatre cents Japonais de 16 à 37 ans, ces trois jours et deux nuits dans un cinq étoiles de la Chine du Sud ne relevaient que du tourisme sexuel, une industrie très développée dans leur pays. Des femmes les attendaient, des prostituées recrutées par la direction de l’hôtel, habituée à remplir ainsi ses chambres. Ils avaient payé, tout compris, pour cette orgie à laquelle ils préféraient se livrer discrètement, loin de chez eux, mais ils avaient oublié un détail, d’importance. Le 18 septembre, date de la fin de leur séjour est également celle de l’invasion de la Chine par le Japon en 1931, du début d’une atroce guerre au cours de laquelle les Japonais avaient transformé des Chinois en cobayes vivants et enfermé une multitude de jeunes Chinoises dans leurs bordels de campagne. La Chine, elle, n’a pas oublié cela et après que des journaux eurent révélé ce nouveau 18 septembre, quand les Chinois eurent lu des descriptions de femmes traînées par les cheveux dans les ascenseurs, de soûleries, de portes ouvertes, de groupes etc., il y eut, hier, un haut-le-corps dans tout le pays. Non seulement la presse s’est indignée, non seulement les sites internet ont débordé de messages vengeurs, des dizaines de milliers de messages, mais le ministère des Affaires étrangères a officiellement protesté contre « ce cas d'une nature extrêmement odieuse ». La Chine est aujourd’hui vent debout contre le Japon et cette affaire en dit long sur la Chine et l’Asie, sur l’état politique de ce continent qui sera celui du siècle. La Chine n’a encore rien pardonné au Japon. En Europe, les blessures passées sont refermées et cicatrisées. En Asie, elles ne le sont pas car la Chine ne fait que sortir de son isolement, que commencer à rejoindre, depuis à peine vingt ans, le monde contemporain et que le Japon ne s’est jamais vraiment excusé de ses guerres de conquête et de leur barbarie. Comme l’Histoire après la chute du Mur est ressortie de sous la glace, dans les Balkans et dans l’ancien empire soviétique, elle ressort en Asie, avec d’autant plus de passion que la Chine veut rattraper le temps perdu, distancer le Japon et devenir la première puissance économique d’Asie, à la hauteur de sa taille et de sa population. Deux choses définissent la Chine d’aujourd’hui, la soif de bien-être et d’argent, d’une part, le nationalisme de l’autre, car fort de ces 8% de croissance annuelle, d’un boom économique qui le transforme à vue d’œil, ce pays retrouve un orgueil, veut s’imposer, devenir le seul vrai rival des Etats-Unis et, un jour, les distancer. Alors tout le monde s’observe en Asie. La Corée ne sait pas si elle doit plus se méfier du Japon ou de la Chine. L’Inde, le géant du sous-continent, se demande si elle pourra trouver un modus vivendi avec le géant chinois. La Russie, qui se prolonge en Asie, voit de jour en jour la Chine déborder ses frontières orientales et les immigré chinois peupler ses confins. L’Amérique, enfin, puissance asiatique par le Pacifique comme elle est européenne par l’Atlantique, observe à la loupe cette scène mouvante avec une hantise, celle de voir, un jour, s’allier la Chine et le Japon dans un condominium asiatique qui ferait, pour le coup, de l’hyperpuissance américaine un bref moment de l’Histoire. Ce n’était qu’une orgie en Chine du Sud, rien d’inhabituel, mais il y avait beaucoup à y lire.

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