C’est l’histoire d’un double aveuglement. Il y a quatre ans cette semaine, Ariel Sharon, alors chef de l’opposition de droite israélienne, décide de se rendre sur l’Esplanade des mosquées, l’un des lieux saints de l’Islam. La certitude est qu’il veut marquer par là que Jérusalem est israélienne et qu’il n’accepterait pas son partage, contrairement à la gauche. A-t-il aussi voulu, ce jour-là, jeter les Palestiniens dans la rue pour précipiter l’agonie d’un processus de paix dont il refuse les fondements ? Lui seul pourrait le dire mais on imagine mal qu’il n’ait pas prévu que l’émeute répondrait à cette gesticulation et que Yasser Arafat l’encouragerait. C’est, en tout cas, ce qui s’est passé. En ce mois de septembre 2000, le Président palestinien perd la main. Son peuple lui reproche son impéritie et l’absence de résultats des accords d’Oslo. Bill Clinton le rend, lui, responsable, de l’échec du sommet israélo-palestinien qu’il vient d’organiser à Camp David. Yasser Arafat est en train de perdre sur tous les tableaux et Ariel Sharon lui donne l’occasion de reprendre une stature de combattant en montrant aux Américains qu’ils doivent compter avec lui. Comme Ariel Sharon, il croit avoir intérêt à jouer la violence mais une tragédie s’enclenche. Elle a remis la paix aux calendes grecques et déjà fait 4000 morts dont 3000 palestiniens. Elle permettra surtout à Oussama ben Laden de trouver là, le 11 septembre suivant, une justification largement acceptée dans le monde arabo-musulman à la relance du terrorisme islamiste. On connaît la suite. Le chaos irakien fait aujourd’hui l’actualité quotidienne mais en cette fin de l’an 2000, tout ne paraît pas encore perdu. Bien que cette seconde Intifada le fasse plonger dans les sondages, Ehud Barak, le Premier ministre travailliste de l’époque, ne rompt pas les négociations que Bill Clinton veut poursuivre pour quitter la Maison-Blanche sur un triomphe de la paix. En décembre, en extrême bout de mandat, le Président américain propose un plan de règlement définitif du conflit. Comme toute paix, ce plan impose des risques et des sacrifices aux deux parties mais, alors qu’Ehud Barak finit par céder à Bill Clinton, Yasser Arafat, lui, ne dira, jamais oui. Est-ce la preuve qu’il n’a jamais vraiment voulu la paix, pas plus qu’Ariel Sharon ? Lui seul pourrait le dire mais son refus, car c’en est un, achève de briser la gauche israélienne et porte, dans le mois qui suit, la droite au pouvoir. Plus rien, dès lors, ne peut arrêter la course à l’abîme. Les attentats kamikazes et les meurtres de leurs organisateurs se répondent dans un torrent d’horreurs et, tandis que les Palestiniens se suicident collectivement, les Israéliens perdent leur capital le plus précieux, la sympathie du monde. Le 11 septembre range Georges Bush aux côtés d’Ariel Sharon. Les peuples arabes s’identifient aux Palestiniens. Aventure irakienne aidant, cette spirale de la cécité permet aux djihadistes, d’espérer réaliser leur grand rêve - la mobilisation de l’Islam contre l’Occident. Morale de l’histoire, très actuelle : on passe vite de la paix à la guerre.

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