« Une Europe sans gauche », titrait, lundi, un grand quotidien d’Italie. « Le socialisme se meurt-il en Europe ? », se demandait le lendemain le New York Times et ces interrogations sont loin d’être infondées. Le plus vieux des partis sociaux-démocrates européens, le SPD allemand, n’a pas seulement essuyé une cinglante défaite aux élections de dimanche. Il a aussi enregistré son plus bas score de tout l’après-guerre, 23% des voix, et paraît, aujourd’hui, en plein désarroi, hésitant entre un virage à gauche et un ancrage au centre. Au Portugal, qui votait ce même dimanche, les socialistes restent le premier parti du pays mais ont perdu leur majorité absolue et se retrouvent sur la défensive, comme le sont les socialistes espagnols et, surtout, les Travaillistes britanniques qui ne croient plus guère en leurs chances de gagner les législatives de 2010. En Italie, la gauche ne parvient pas à reprendre pied, même contre un Silvio Berlusconi et, en France, on sait. Empêtré dans ses divisions internes, incapable de se doter d’un programme clair et de choisir ses alliés, le PS semble avoir amorcé un déclin que beaucoup de ses dirigeants n’hésitent pas à qualifier, en privé, de mort politique. La première raison de ce recul des grands partis de gauche est leur triomphe historique. C’est eux qui ont inventé la protection sociale. Ce sont leurs batailles qui ont fini par faire de l’assurance maladie, des caisses de retraite, des indemnités de chômage et des conventions collectives ce qu’on appelle le « modèle européen ». La gauche a gagné mais si bien gagné que les électeurs ont largement oublié qu’ils lui doivent ce qui est devenu une norme, un bien commun de l’Europe dont les droites ne contestent plus le bien fondé, même quand elles veulent revoir cette norme à la baisse. Le deuxième problème des gauches, apparu dès les années 70, est que cette protection sociale coûte cher. Elle a si bien alourdi les impôts et pèse tant sur les comptes des PME que toute une partie des classes moyennes a rompu avec les gauches en se révoltant contre les prélèvements obligatoires. Troisième problème, depuis l’écroulement du bloc soviétique et la mondialisation économique, les gauches se trouvent confrontées à un pouvoir de l’argent qui ne craint si peu les révolutions et se rie tant des frontières – donc des Etats et de leurs gouvernements – que les gauches ne peuvent plus lui imposer grand-chose, même quand elles sont aux commandes. Dépossédée de ses droits de propriété sur une protection sociale qu’elle ne peut plus développer, la social-démocratie, quatrième problème, se retrouve ainsi concurrencée par des gauches de la gauche qui, partout, l’affaiblissent et, bien sûr, par des écologistes dont le combat paraît plus concret, plus consensuel, plus contemporain. La gauche aurait, aujourd’hui, une nouvelle bataille à mener, refondatrice et incontournable, celle de la recréation d’une puissance publique à l’échelle continentale, d’un Etat européen capable d’en imposer à l’argent, mais cette bataille-là, elle ne parvient pas plus à la faire comprendre qu’à la mener.

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