C’était, à la fois, une première et un signe. Jamais encore la Confédération européenne des syndicats, la CES, qui regroupe la majeure partie des centrales de l’Union dans une seule et même organisation, n’avait organisé, le même jour, hier, des manifestations simultanées à Bruxelles et dans douze autres capitales de pays membres ou candidats à l’adhésion. On avait déjà vu des manifestations unitaires à Bruxelles. On en avait vu, toujours plus nombreuses, contre des licenciements ou des baisses de salaires décidés par une entreprise européenne ayant des filiales dans plusieurs pays de l’Union. Lentement mais surement un syndicalisme paneuropéen s’affirme et transcende des frontières nationales qui n’ont plus de réalité dans la vie économique et sociale mais cette journée d’action continentale, sur un seul et même mot d’ordre, le rejet des mesures d’austérité budgétaires prises dans toute l’Union, c’était du jamais vu, un tournant dans l’histoire des luttes sociales européennes dont la signification est triple. Premièrement, loin d'être cantonné à la France, un mécontentement gronde dans toute l’Union. L’Espagne était, hier, en grève générale et ce mouvement y a été très suivi. Les manifestations ont été particulièrement importantes au Portugal dont le gouvernement vient d’annoncer une baisse de 5% du salaire des fonctionnaires, une hausse de la TVA et un gel des retraites de la fonction publique. Même dans un pays, la Pologne, qui est passé à côté de la crise et dont les syndicats sont très affaiblis, 5000 personnes sont descendues dans la rue à Varsovie et John Monks, le secrétaire-général de la CES, n’avait sans doute pas tort d’estimer que ce n’était pas « la fin mais le début d’une lutte » car l’austérité ne fait que commencer à frapper les salariés européens. Il y aura d’autres mouvements sociaux en Europe dont la convergence et la profondeur annoncent, deuxièmement, de grandes incertitudes électorales pour les gouvernements en place qui sont, aujourd’hui, très majoritairement à droite dans toute l’Union. Là encore, la France n’est pas un cas unique. Il y a plusieurs mois qu’on voit le président français plonger dans les sondages mais il est frappant que des évolutions parallèles s’amorcent en Allemagne et en Grande-Bretagne. A Berlin, les sociaux-démocrates sont désormais crédités de 30% des intentions de vote, en progression de 7 points sur un an. Les Verts y sont, également, en pleine ascension et l’opposition de gauche l’emporterait, ainsi, largement, sur la coalition de droite au pouvoir si des élections y avaient lieu demain. Plus frappant encore, à Londres, non seulement les travaillistes n’auront mis que quatre mois à repasser en tête des conservateurs qui les avaient battus en mai dernier mais ils viennent de prendre pour chef de file le candidat des syndicats et de leur aile gauche, Ed Milliband. Donnée pour morte il y encore peu, la gauche européenne se réveille et, troisième fait marquant, au moment même où l’Union paraît si mal en point, sa scène politique tend à s’unifier. Face à des politiques communes et impopulaires, les mouvements sociaux s’européanisent tandis que s’esquisse un mouvement d’alternance européenne.

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