C’est une bonne, une très bonne nouvelle mais qui pose beaucoup de questions. C’est une bonne nouvelle car en approuvant, hier, par 523 voix sur 620, le renforcement du Fonds européen de stabilité financière, le fonds de soutien de la zone euro, les députés allemands ont massivement montré leur attachement à la monnaie unique et à la défense du processus de construction européenne, en un mot à l’unité européenne.

Ce n’était pas gagné d’avance puisque la solidarité avec la Grèce, l’Irlande et le Portugal est loin de faire l’unanimité dans la population allemande qui se demande pourquoi elle devrait aider des peuples qui n’ont pas fait les mêmes efforts de rigueur qu’elle et que des pans entiers de la démocratie-chrétienne de Mme Merkel avaient longtemps partagé ce sentiment.

L’Allemagne revient de loin. L’Allemagne qui avait exigé que la solidarité financière entre les pays de l’Union soit proscrite par les traités afin que la monnaie unique ne puisse pas servir de parapluie à l’abri duquel des Etats de la zone euro pourraient laisse filer leurs finances a non seulement accepté que cette solidarité se mette en place mais qu’elle se renforce maintenant.

L’Allemagne vient, hier, de refaire le choix de l’Europe alors qu’elle aurait pu se dire qu’elle était devenue assez forte pour se débrouiller seule. Ce vote dans lequel tous les grands partis allemands ont mêlé leurs voix montre à quel point tous les pays européens, même le plus riche et industriellement puissant d’entre eux, ont besoin de leur unité pour peser dans le monde. C’est tout le projet européen qui vient d’être spectaculairement réaffirmé dans la tempête de la crise des dettes publiques mais, si rassurant qu’il soit, ce vote laisse deux questions ouvertes.

La première est de savoir si les politiques de rigueur qui sont mises en place dans toute l’Europe et dont l’Allemagne avait fait la condition sine qua non de sa solidarité sont ou non judicieuses. Pas plus à gauche qu’à droite, personne ne discute le fait que les Etats européens doivent remettre de l’ordre dans leurs comptes sous peine de ne plus pouvoir emprunter qu’à des taux exorbitants et de se retrouver dans la main de leurs créanciers mais il n’en reste pas moins qu’à couper à tout va dans les dépenses publiques, l’Europe risque non seulement de briser sa croissance et d’avoir à se ré-endetter plus encore mais également de mettre à mal l’économie mondiale et d’en subir les conséquences.

Il y a des remèdes qui aggravent le mal. Il y a des patients qui meurent de leur guérison. Ce débat mériterait d’être plus ouvert et contradictoire qu’il ne l’est. Ce devrait être aux électeurs européens de le trancher en approuvant ou désapprouvant la politique choisie par les actuels gouvernements des pays européens mais ils ne le peuvent pas car les politiques qui engagent toujours plus l’ensemble de l’Union sont décidées dans les obscures tractations entre dirigeants des Etats-nations et non pas par l’électorat paneuropéen. La bonne nouvelle d’hier pose plus que jamais l’urgente, la très urgente question de la démocratie européenne.

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