Vu de Moscou, Vladimir Poutine a très bien joué. L’immense majorité des Russes est fière de lui, fière d’un président qui a su remettre leur pays au cœur du jeu diplomatique international et en faire une puissance incontournable dans cette crise syrienne qui est la plus grave et la plus difficile du moment.

On comprend cette fierté mais, à bien y réfléchir, où est l’apport de la Russie ? La coalition que Vladimir Poutine appelle de ses vœux n’a aucune chance de voir le jour puisque les pays sunnites se refuseront à remettre Bachar al-Assad en selle et que ni les Etats-Unis ni la France ne croient en la possibilité de s’appuyer sur cet homme pour ramener la paix en Syrie.

Bonnes ou mauvaises, les approches de la Russie sont tout simplement irréalistes mais est-ce à dire qu’elle ne peut rien faire d’autre que d’agiter des idées trop simples pour changer la donne ?

Non, ce n’est pas le cas.

En permettant d’éviter un écroulement de l’Etat syrien, l’engagement militaire de la Russie la met en position de dicter ses conditions à Bachar al-Assad et de lui dire un jour, bientôt, après quelques coups d’arrêt donnés aux jihadistes de Daesh, que la meilleure solution pour tout le monde et lui-même serait qu’il se retire et cède la place à un homme neuf autour duquel pourrait se nouer un dialogue national permettant enfin la mise en place d’un gouvernement de transition à même de ramener la paix dans des conditions à déterminer.

Rien ne dit que la Russie serait prête à cela mais rien ne dit, non plus, le contraire. Tout est possible. On en parle beaucoup dans les couloirs du colloque que l’Obs organise à Moscou sur le destin commun de la Russie et de l’Union européenne. C’est toute l’ambiguïté de la position de Vladimir Poutine qui a sans doute raison de ne pas vouloir trop vite abattre ses cartes mais rêvons un instant.

Si la Russie savait faire ce choix, non pas immédiatement mais le moment venu, elle ouvrirait la voie d’un règlement de cette crise, rendrait un service essentiel au Proche-Orient et au monde, reviendrait vraiment en force sur la scène internationale et rétablirait un climat de confiance avec les Etats-Unis et l’Union européenne.

Jusque dans les milieux les plus proches du Kremlin, beaucoup en rêvent à Moscou, mais ce n’est pas encore fait. Ce n’est qu’une possibilité dont il faut ardemment souhaiter qu’elle s’avère.

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