« D’autres voies », mais lesquelles ?

Pris de court par l’échec de la trêve qu’il avait négociée avec Moscou et ulcéré par la reprise des bombardements sur Alep, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a estimé hier que la poursuite de discussions avec la Russie serait maintenant « absurde » et que les Etats-Unis devaient désormais se chercher « d’autres voies » en Syrie.

Son adjoint, Antony Blinken, a indiqué dans la foulé que Barack Obama avait demandé qu’on lui soumette de nouvelles options qui étaient « très activement examinées » mais les Américains n’en ont, en réalité, pas beaucoup.

Ils ne peuvent pas protéger Alep en organisant une zone d’exclusion aérienne au dessus de cette ville martyre car leur aviation risquerait alors de se retrouver face-à-face avec les bombardiers russes, une situation qui n’aurait pas de précédent et dont les dangers seraient extrêmes.

Ils pourraient difficilement fournir, ou laisser fournir, des missiles anti-aériens aux insurgés car il est maintenant très possible qu’abandonnés du monde entier, les courants les plus modérés de l’insurrection se résignent à former un front commun avec les islamistes, voire avec d’anciens combattants de Daesh, le jour, sans doute proche, où ils auront été chassés de Mossoul.

Les Américains ne peuvent pas non plus renverser la situation en allant clouer l’aviation syrienne au sol car cela aurait peu d’effets dans la mesure où ce sont essentiellement les Russes qui bombardent Alep.

Militairement parlant, les Américains ne peuvent pas grand-chose et la seule véritable option qui leur reste est de relever le gant sur un autre terrain, en Europe. Puisque les Russes ne veulent rien négocier en Syrie et que leur comportement est totalement inadmissible, les Etats-Unis pourraient être bientôt tentés d’avancer les frontières de l’Alliance atlantique jusqu’à celles de la Russie en relançant le processus d’adhésion de l’Ukraine, de la Géorgie et de la Moldavie à l’Otan.

C’est une option. Elle est ardemment souhaitée par ces trois pays et également par la Pologne et les Pays baltes mais elle comporte elle aussi de grands risques car la Russie pourrait alors accentuer ses ingérences en Ukraine et en Géorgie, voir y annexer d’autres territoires, et placer ainsi les Etats-Unis devant de nouveaux faits accomplis auxquels il leur serait bien difficile de riposter. On entre, en un mot, dans un moment d’incertitude internationale.

Les Etats-Unis et la Russie sont aux prises comme ils ne l’avaient jamais été depuis la crise de Cuba. Cela peut aller jusqu’à de très graves tensions. Cela peut aussi les conduire, dans quelques semaines ou quelques mois, à rechercher les bases d’une nouvelle détente mais le problème est que Vladimir Poutine a les mains très libres jusqu’à l’entrée en fonction du prochain président américain, de la prochaine présidente, espérons-le, fin janvier seulement, et que les réductions de production décidées mercredi soir par l’Opep pourraient favoriser une remontée des cours du pétrole.

Ce serait la meilleure des nouvelles pour le président russe et pourrait l’amener à se croire tout-puissant.

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