Le président russe sera la principale personnalité étrangère à l’hommage à l’ancien chef de l’État français, cet après-midi à Paris. Un signe d’amitié autant qu’un message diplomatique.

Vladimir Poutine et Jacques Chirac en 2006 lors d’une rencontre à Compiègne.
Vladimir Poutine et Jacques Chirac en 2006 lors d’une rencontre à Compiègne. © AFP / PATRICK KOVARIK / AFP

Il y a un double message dans la présence de Vladimir Poutine à Paris aujourd’hui. D’abord, évidemment, la marque d’amitié envers Jacques Chirac avec qui il avait noué des relations solides, en grande partie fondées sur la russophilie du président français. 

Jacques Chirac avait en effet appris le russe quand il était enfant, avec un professeur russe blanc hébergé par ses parents. Il avait même traduit Pouchkine, ce que Dimitri Medvedev, alors Président russe, avait rappelé en lui remettant en 2008 la plus haute décoration russe.

Mais Jacques Chirac avait aussi une vision historique qui lui faisait dire, comme le rappelait hier dans le Journal du Dimanche son ancien conseiller Maurice Gourdault-Montagne, qu’on ne pouvait pas « s’essuyer les pieds sur la Russie ».

Pour toutes ces raisons, le porte-parole de Vladimir Poutine avait estimé en 2017, juste avant la première rencontre entre le Président russe et Emmanuel Macron, que « jusqu’ici, les meilleures relations ont été avec Jacques Chirac ».

Par ailleurs, les grandes funérailles peuvent être aussi de grands moments diplomatiques. Et il se trouve que Jacques Chirac disparait alors qu’Emmanuel Macron tente une ouverture en direction de la Russie de Poutine. 

Il ne sera pas question de négociations, mais il n’est pas indifférent que le chef de l’État russe revienne en France pour la deuxième fois en deux mois, après sa visite au Fort de Brégançon en août. Depuis, les ministres français et russe des affaires étrangères et de la défense se sont rencontrés à Moscou, et des signes de détente sont apparus entre la Russie et l’Ukraine.

La mémoire de Jacques Chirac peut-être propice pour rappeler que les relations tendues entre la Russie et l’Europe ne l’ont pas toujours été, y compris avec Vladimir Poutine au Kremlin. Même si la politique russe de Jacques Chirac compte ses détracteurs, qui la jugeaient trop complaisante.

Emmanuel Macron me marche pour autant pas sur les traces de Jacques Chirac. Il n’a ni la russophilie, ni l’empathie naturelle de l’ancien président. Sa démarche est un calcul diplomatique froid, à un moment où l’Europe tente de penser son autonomie stratégique dans le nouveau monde de l’après-après-guerre froide.

Ce rappel d’une époque franco-russe plus heureuse fera néanmoins l’affaire d’Emmanuel Macron dont le « pari russe » ne fait pas l’unanimité, y compris au sein de la diplomatie française. Dans son discours aux ambassadeurs fin août, le président de la République semblait craindre qu’un « État profond », pour reprendre sa propre formule, s’y oppose...

48 heures après Vladimir Poutine, c’est un autre Russe célèbre, Mikhaïl Gorbatchev, qui tendra la main aux Européens. Dans un livre intitulé « le futur du monde global » (éd. Flammarion), présenté comme son « testament politique », le dernier président soviétique plaide pour la « Maison commune européenne » dont il avait rêvé il y a trois décennies. Ce rêve s’était révélé impossible, du fait, selon lui, du triomphalisme occidental. 

Le père de la Perestroika pense que l’heure est venue de réessayer, y compris avec Vladimir Poutine pour lequel il est étonnamment bienveillant. Jacques Chirac aurait applaudi.

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