Depuis trois jours, des combats ont repris autour du sort de l’enclave du Haut Karabakh. Mais c’est la relation entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan qui risque de décider de l’apaisement ou de l’embrasement de cette nouvelle crise.

Photo diffusée par le Ministère de la défense arménien : une pièce d’artillerie de la défense du Haut Karabakh, au cœur de la confrontation armée qui a débuté dimanche entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
Photo diffusée par le Ministère de la défense arménien : une pièce d’artillerie de la défense du Haut Karabakh, au cœur de la confrontation armée qui a débuté dimanche entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. © AFP / Handout / Armenian Defence Ministry / AFP

Une guerre peut en cacher une autre. Les combats qui opposent depuis trois jours l’Arménie et l’Azerbaïdjan, autour du sort du Haut Karabakh, ont un air de déjà-vu à plusieurs reprises depuis leur guerre de 1994, trois ans après l’éclatement de l’URSS à laquelle ils appartenaient tous les deux.

A chaque flambée de violence, c’est de Moscou qu’est venu sinon l’ordre, au moins la forte incitation à calmer le jeu. La grande différence, cette fois, c’est l’ombre d’un autre acteur régional : la Turquie de Recep Tayyip Erdogan.

Dès dimanche, au premier jour des combats, Ankara a mis tout son poids derrière l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, là où le reste du monde lançait des appels à la retenue. 

Des informations font même état du recrutement de combattants islamistes syriens par la Turquie pour aller renforcer le camp azeri ; elles ne sont pas confirmées, mais en disent long sur l’image de la Turquie aujourd’hui, et son activisme politico-militaire dans l’ancienne sphère d’influence ottomane. Un jeu qui pourrait l’amener à s’opposer à la Russie.

Rien de ce qui se passe dans l’ancien monde soviétique ne laisse évidemment Moscou indifférent, particulièrement dans cette région du Sud-Caucase, où se mêlent des intérêts de sécurité et d’hydrocarbures.

Moscou a certes une alliance militaire avec l’Arménie, où la Russie dispose même d’une base ; mais elle livre également des armes à l’Azerbaïdjan et a toujours pris soin de ne pas trop déséquilibrer sa relation entre les deux États rivaux. En mettant son poids derrière l’Azerbaïdjan, la Turquie pourrait changer le rapport de force, et contraindre la Russie à s’impliquer plus qu’elle ne le voudrait.

Derrière ce conflit Azerbaïdjan-Arménie, c’est donc toute l’ambiguïté de la relation russo-turque qui est posée ; une nouvelle fois pourrait-on dire, car les deux pays, deux ex-empires, sont déjà face à face, parfois côte à côte, aussi bien en Syrie qu’en Libye. Le Sud-Caucase est ainsi le troisième « front » de cette relation complexe, qui repose beaucoup sur le rapport personnel entre deux autocrates ambitieux, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

Amis ou rivaux ? Les deux à la fois, sans doute, mais ils font surtout beaucoup d’efforts pour ne pas devenir des ennemis. C’est difficile en Syrie, dans l’enclave d’Idlib, où leurs deux armées effectuent des patrouilles communes mais ont des intérêts divergents ; c’est aussi le cas en Libye où Ankara soutient le gouvernement de Tripoli tandis que Moscou penche du côté du maréchal Haftar, le chef de guerre de l’Est.

On a cru un temps que la Turquie, membre de l’OTAN, était tentée par un rapprochement avec la Russie. L’achat par Ankara du système de missiles russes S-400 a même provoqué une crise avec les Américains. 

Mais Erdogan ne veut pas « passer » du côté russe, il veut être considéré comme une puissance à part entière, émancipée d’un Occident qui ne l’attire plus. Le Caucase n’est que le dernier théâtre de cette stratégie, au risque de venir provoquer d’un peu trop près la puissance russe et de rallumer une guerre tragique. 

L’embrasement ou l’apaisement au Haut-Karabakh, dépendra beaucoup de ce qui se passera entre Poutine et Erdogan, bien plus qu’entre Erevan et Bakou.

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