Calme et unie dans l’épreuve, la France peut être fière d’elle-même. Devant ce chantage révulsant, nous avons fait, et bien, tout ce qu’il fallait faire et, d’abord, su montrer à ces djihadistes que les musulmans de France au secours desquels ils prétendent voler les réprouvaient, les rejetaient, faisaient front avec leur terre d’immigration qui est, pour beaucoup, leur patrie. Même celle des organisations islamiques françaises qui avait annoncé qu’elle soutiendrait, à la rentrée, les élèves qui décideraient, malgré la loi, d’aller voilées en classes, a décidé, là, de mettre cette bataille entre parenthèses - non pas de renoncer à ses positions mais de cimenter l’unanimité de l’Islam français dans la condamnation des ravisseurs. L’une des responsable de ce mouvement a ainsi déclaré publiquement, aux côtés de Dominique de Villepin : « Je ne veux pas de sang sur mon voile » et ajouté qu’elle se proposait, avec l’une de ses camarades, en otages de substitution à ses « compatriotes français ». En quelques heures, la barbarie de fous de Dieu venait de faire prendre un raccourci de plusieurs années à l’intégration des musulmans de France. Jacques Chirac pouvait alors passer à la deuxième partie de la stratégie élaborée dès samedi soir, le rassemblement des capitales arabes, toutes pressées d’exprimer leur solidarité avec la France, de faire des ravisseurs les brebis galeuses de l’Islam et d’utiliser tous les leviers possibles pour obtenir la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Depuis trente-six heures, les dirigeants français leur font valoir qu’ils n’avaient pas hésité à monter en première ligne pour tenter d’empêcher l’intervention américaine en Irak et que c’est maintenant à eux de prendre des risques pour éviter une nouvelle dégradation des relations entre l’Islam et l’Occident. Ils sont entendus. Ni Jacques Chirac ni Michel Barnier n’ont beaucoup à plaider. Ca marche. C’est tout le monde arabo-musulman, jusqu’aux islamistes marocains et aux Frères musulmans égyptiens, qui appelle, aujourd’hui, à la libération des journalistes de Radio France et du Figaro tandis que nous comprenons tous, de l’Elysée au bistrot du coin, que nous ne ferions, à accuser l’Islam, que tomber dans le piège des djihadistes. Il y a, dans ce drame, une intelligence et une lucidité françaises dont nous pouvons, oui, être fiers, mais que se passerait-il si l’irréparable était commis, si Christian Chesnot et Georges Malbrunot, malgré tout, étaient assassinés ? La Raison connaîtrait une défaite, c’est la certitude. La rupture entre l’Islam et la Chrétienté, ce choc des civilisations que la France voudrait tant prévenir, s’approfondirait. La course à l’abîme en serait accélérée mais verrait-on, devant le danger, le monde arabe continuer de se lever contre ses fanatiques ? Saurions-nous, nous Français, et l’Europe avec nous, continuer de lui tenir le langage qui l’y aiderait ? Saurions-nous rester assez lucides pour le faire ? Il n’y a plus, là, de certitude et c’est là l’autre enjeu de ce drame, l’autre raison de tant espérer que ces deux vies soient sauvées.

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