La messe serait dite. A lire les commentaires suscités par cette reprise, demain, de pourparlers directs entre Israéliens et Palestiniens, il n’y aurait aucune chance que cette énième tentative ne débouche sur autre chose qu’un échec. Tout le dit puisque Benjamin Netanyahou et Mahmud Abbas, les dirigeants israélien et palestinien, sont aussi faibles l’un que l’autre sur des scènes intérieures tout aussi éclatées. Tout en convainc puisque les Palestiniens demandent un partage de Jérusalem auquel la droite israélienne se refuse. Tout l’annonce puisque les Palestiniens se retireront de ces pourparlers si le gel de la colonisation israélienne n’est pas prolongé au-delà de son échéance du 26 septembre et que les Israéliens ne veulent pas de cette prolongation. Plus que probable, l’échec paraît programmé sauf… Sauf qu’on oublie, là, beaucoup de choses. La première est que la crainte que les islamistes n’étendent leur influence et que l’Iran n’accroisse son influence régionale en se dotant de la bombe et s’appuyant sur les chiites irakiens a beaucoup fait évoluer les pays arabes et Israël, l’Amérique, l’Europe et la direction palestinienne. Entre eux, un front d’intérêts communs s’est constitué et, aussi hétérogène qu’il soit, il n’est plus impossible qu’il permette des compromis décisifs pour peu qu’Israël obtienne des Palestiniens que leur Etat ne puisse jamais entrer en guerre contre lui, ne se dote, autrement dit, pas d’une armée et s’interdise toute alliance militaire. La deuxième chose qu’on oublie trop est que, d’échec en échec, les Palestiniens croient beaucoup moins en la violence. Non seulement ils ne veulent plus mourir pour rien mais ils voient que les mesures de développement économique et d’organisation administrative prises par leur Premier ministre, Salam Fayyad, sont couronnées de succès, qu’un Etat s’affirme là pacifiquement dans lequel il fait certainement mieux vivre que dans la guerre ou à Gaza et que cet Etat sera bientôt en position de demander son entrée à l’Onu, avec ou sans l'accord d'Israël. Sans que cela ne soit dit, un parti du compromis grandit dans l’opinion palestinienne, incarné par Salam Fayyad, et pour peu que les Palestiniens obtiennent d’Israël des frontières proches de celles de 1967 et incluant la Jérusalem arabe, il n’est plus impossible qu’ils lui donnent, en échange, les garanties de sécurité qu’il exige. Et puis, enfin, pas le moins important, la grande majorité des Israéliens a maintenant réalisé que la poursuite de l’occupation achèverait d’affaiblir leur armée en la transformant en force de police et menacerait surtout de faire d’eux une minorité dans un ensemble israélo-palestinien où les Palestiniens seront bientôt majoritaires. La gauche avait été la première à le comprendre. Puis ce fut Ariel Sharon, ancien chantre du Grand Israël, qui avait rompu avec la droite pour pouvoir évacuer Gaza et, depuis un an, sous l’impulsion de Benjamin Netanyahou, la droite elle-même s’est ralliée au principe d’un Etat palestinien. Rien de tout cela ne garantit un accord. La paix n’est certainement pas faite mais elle n’est plus aussi impossible que trop d’espoirs déçus le font croire.

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