Désormais, l’impératif est de gagner la paix. Bien que le colonel Kadhafi n’ait toujours pas été arrêté et que persistent des poches de résistance, la guerre de Libye est virtuellement gagnée. Le dictateur est tombé. L’ancien régime est défait mais tout reste à faire et vite car il faut remettre ce pays en marche avant que sa paralysie ne suscite le mécontentement puis des troubles.

Il y a urgence car tout manque, l’eau dont les circuits ont été sabotés, les salaires qui ne tombent plus, les services publics qui ne fonctionnent pas et, pour cela, pour que la liberté ne prenne pas le visage du chaos, il faut de l’argent. C’est la première raison pour laquelle la France et la Grande-Bretagne, les deux puissances européennes qui avaient arraché à l’Onu la résolution autorisant l’organisation d’une protection militaire des insurgés libyens, réunissent à Paris, demain soir, une conférence internationale dite des « Amis de la Libye ».

Carte de la Libye
Carte de la Libye © IDE

Le problème n’est pas de faire appel aux dons. La Libye n’a pas besoin d’aide internationale car ses revenus pétroliers lui ont assuré d’enviables disponibilités mais ces capitaux placés à l’étranger ont été gelés par l’Onu afin d’empêcher Muamar Kadhafi d’en disposer pour payer ses mercenaires. A priori, il suffirait donc de débloquer ces fonds mais la difficulté est que leur gel a été décidé par les mêmes résolutions de l’Onu qui avaient permis l’intervention de soutien à l’insurrection. Il ne peut autrement dit pas y avoir dégel des fonds libyens sans arrêt des opérations militaires et la conséquence en est que les pays qui plaident pour ce dégel, mais ne veulent pas encore désarmer, se heurtent à l’opposition de ceux qui plaident pour la fin des opération aériennes et qui leur rétorquent que ce ne sera pas l’un sans l’autre.

Cela donne, au Conseil de sécurité, un bras de fer entre la Chine et la Russie d’un côté, les Occidentaux de l’autre. Il y a deux jours encore rien n’était joué mais Russes et Chinois ont maintenant commencé d’accepter des déblocages partiels car leur intérêt n’est pas de se mettre à dos la nouvelle Libye alors qu’ils ont d’énormes intérêts dans ce pays. La Libye devrait repartir de Paris en ayant récupéré quelques uns de ses milliards, vraisemblablement cinq, de quoi tenir dans les semaines à venir et le véritable enjeu de cette Conférence est ainsi de plus long terme.

Pour la France, la Grande-Bretagne et les insurgés libyens il s’agit d’assurer à la Libye un adoubement international de ses nouvelles autorités lui permettant de se reconstruire et se stabiliser au plus vite. Comme pour le déblocage des fonds gelés, le simple réalisme devrait permettre d’y parvenir mais bien des pays n’ont guère envie d’être ainsi amenés à applaudir rétrospectivement une opération dont l’exemplarité même continue de les inquiéter par le précédent qu’elle pourrait créer.

Demain, toutes les capitales ne seront en conséquence pas représentées au même niveau. Beaucoup de délégations seront conduites par un chef de gouvernement ou un ministre des Affaires étrangères mais d’autres, la russe et la chinois notamment, par de simples diplomates. Tout le monde n’est pas enthousiasmé par le renversement de cette dictature.

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