Inquiétants, ce sont des chiffres susceptibles de faire monter beaucoup la tension internationale. Dans son dernier rapport trimestriel publié hier, l’AIEA, l’Agence internationale pour l’énergie atomique, l’agence de l’Onu chargée de surveiller le respect du Traité de non-prolifération nucléaire, indique que l’Iran a doublé depuis mai sa capacité d’enrichissement d’uranium en passant de 1064 à 2140 centrifugeuses sur son site souterrain de Fordo. Seules 700 de ces centrifugeuses sont déjà opérationnelles, précise l’Agence, mais la République islamique continue ainsi de bafouer toutes les résolutions de l’Onu, de progresser vers le moment où elle serait à même de se doter de la bombe et l’AIEA s’inquiète de surcroît de ne toujours pas avoir accès à la base militaire de Parchin où elle soupçonne l’Iran d’avoir procédé à des tests d’explosion pouvant servir à la mise au point d’armes nucléaires.

Bien que le Guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Khomeiny, ait réaffirmé hier que son pays « ne chercherait jamais à avoir l’arme atomique », plus personne ne croit aujourd’hui que l’Iran se serait engagé dans un tel bras de fer avec les grandes puissances dans le seul but d’affirmer un droit au nucléaire civil que personne ne lui conteste. Malgré des sanctions économiques qui l’affectent de plus en plus durement, l’Iran chiite marche vers la bombe avec pour objectif de développer un rapport de forces régional lui permettant de continuer d’avancer ses pions, à l’abri de ce bouclier, non seulement contre Israël mais aussi, surtout, contre les pays sunnites.

La question du nucléaire iranien est en train de se mêler ainsi à la crise syrienne qui, chaque jour un peu plus, met face-à-face dans tout le Proche-Orient les deux religions sunnite et chiite de l’islam car ce sont un régime d’obédience chiite et une population majoritairement sunnite qui s’affrontent en Syrie. La vraie ligne de fracture au Proche-Orient n’est désormais plus israélo-arabe ou israélo-musulmane. Elle oppose avant tout un axe chiite dont l’Iran est le cœur aux pays sunnites et à Israël dont, face à Téhéran, les préoccupations convergent.

C’est la raison pour laquelle on ne peut désormais plus considérer que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, ne fasse que bluffer lorsqu’il fait dire qu’il serait prêt à faire bombarder les sites nucléaires iraniens. Non seulement il ne veut pas que le jour arrive où il ne pourrait plus le faire car l’Iran, comme Israël, serait déjà devenu puissance nucléaire mais il sait aussi que les monarchies du Golfe l’incitent à agir, que la Turquie ne voudrait pas d’un Iran nucléaire et que les gouvernements islamistes issus du printemps arabe se refusent à laisser l’Iran chiite devenir la première puissance de la région.

Parallèlement, les Occidentaux commencent à la fois à se lasser de leurs négociations avec l’Iran qui ne fait que gagner du temps et à se dire que, si les Israéliens allaient bombarder les sites iraniens, ils affaibliraient du même coup le seul véritable allié de Bachar al-Assad dont la chute serait alors précipitée. Ces deux crises se confondent toujours plus et cela offre une fenêtre d’opportunité à Benjamin Netanyahou, pour peu qu’il arrive à convaincre ses militaires, aujourd’hui plus que réticents.

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