Où l'on voit un Etat asiatique, la Birmanie, persécuter et chasser sa minorité musulmane

Pour les Rohingyas, L’accès à l’enseignement leur est difficile, pour ne pas dire impossible. Leurs terres sont confisquées. Leur liberté de mouvement est limitée. Maungdaw, Myanmar, le 30 août 2017
Pour les Rohingyas, L’accès à l’enseignement leur est difficile, pour ne pas dire impossible. Leurs terres sont confisquées. Leur liberté de mouvement est limitée. Maungdaw, Myanmar, le 30 août 2017 © Reuters / Soe Zeya Tun

Le pape s’émeut et prend leur défense. Recep Erdogan, le président turc, dénonce l’indifférence du monde à leur drame dont la Grande-Bretagne vient pourtant de saisir le Conseil de sécurité. Leur nom même, les Rohingyas, est à peu près inconnu en dehors de l’Asie du sud-est mais le sort de cette minorité musulmane de Birmanie, un million de personnes, devient si terrible qu’il commence à susciter dénonciations et solidarité.

Bouddhiste à plus de 90%, la Birmanie n’a jamais admis la présence sur son sol de cette population qui serait venue de l’actuel Bengladesh limitrophe au début du XIX° siècle. A l’époque, le sous-continent indien passe sous contrôle britannique et la Grande-Bretagne entreprend de conquérir la Birmanie. Pour les Birmans, les Rohingyas sont un legs de la colonisation. A l’indépendance, ils ont donc refusé de les reconnaître comme ressortissants de leur pays où ils sont ainsi considérés comme des immigrés illégaux et où tout est fait pour les pousser à partir.

L’accès à l’enseignement leur est difficile, pour ne pas dire impossible. Leurs terres sont confisquées. Leur liberté de mouvement est limitée pour les cantonner à la misère de leurs villages. Beaucoup d’entre eux sont soumis au travail forcé. L’Etat, sa police, ses fonctionnaires et son armée, certains moines bouddhistes aussi qui appellent à s’attaquer à eux au nom de la défense de l’identité nationale, les maltraitent, en un mot, si bien, qu’on a vu naître, en octobre dernier, un mouvement de résistance, l’ARSA, constitué par des jeunes Rohingyas qui ont pris les armes - ou plutôt celles dont ils disposaient : des couteaux et des épées.

Ce mouvement s’en est pris à des postes-frontières. La répression a été si épouvantable que des milliers de réfugiés ont fui vers le Bengladesh et la suite se devine, infiniment classique. La répression a renforcé la résistance. Des combats viennent de reprendre. L’armée brûle des villages entiers. En dix jours, le Bengladesh a vu affluer plus de 18 000 Rohingyas supplémentaires, des femmes et des enfants car les hommes se battent. Le Bengladesh, l’un des pays les plus pauvres du monde, a fermé sa frontière à ces malheureux et l’on ne voit plus la fin de ce drame.

Comme dans tant d’autres régions du monde, le Proche-Orient au premier chef, c’est le passé colonial qui ressurgit en Birmanie, ses frontières artificielles et les rancœurs qu’il a semées. Plus inquiétant encore, la Birmanie est un pays trop ethniquement divisé et à l’unité trop fragile pour envisager de faire droit aux revendications d’une minorité. Ce pays a si peur de se fracturer que même pour sa prix Nobel de la paix, Aung San Suu Ky, qui le gouverne aujourd’hui, les Rohingyas ne sont que des « terroristes »

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.