La région d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, se prépare à subir la dernière grande bataille de la guerre qui dure depuis sept ans

Les portraits de Bachar el-Assad et de Vladimir Poutine à un barrage de l'armée syrienne à l'approche d'Idleb, tenue par des groupes djihadistes et rebelles.
Les portraits de Bachar el-Assad et de Vladimir Poutine à un barrage de l'armée syrienne à l'approche d'Idleb, tenue par des groupes djihadistes et rebelles. © AFP / George OURFALIAN / AFP

Poussé par ses succès militaires obtenus avec le soutien décisif de la Russie et de l’Iran, le président syrien, Bachar el-Assad, veut reprendre l’une des dernières grandes enclaves aux mains de ses ennemis, la région d’Idleb, dans le nord-ouest du pays. 

La province, qui compte quelque trois millions d’habitants, dont de nombreux déplacés de l’intérieur, est contrôlée par une kyrielle de groupes djihadistes et rebelles, fruit d’un long conflit qui a atomisé l’opposition. Parmi eux, quelques milliers de djihadistes étrangers pris au piège dans ce réduit assiégé.

On peut craindre une nouvelle tragédie humanitaire, et c’est le sens du cri d’alarme lancé hier par Stefan de Mistura, le Représentant spécial des Nations Unies pour la Syrie. Le diplomate a lancé un appel à la Syrie, à la Russie et aussi à la Turquie voisine, très impliquée, pour éviter une catastrophe humanitaire annoncée.

Le Représentant onusien a même proposé d’aller lui-même sur place pour ouvrir un couloir humanitaire afin de permettre l’évacuation des civils dont certains ont déjà vécu les sièges d’autres villes. Lors de ces longues batailles, les survivants avaient justement été évacués vers Idleb, mais cette option n’existe plus aujourd’hui.

L’autre crainte de l’ONU, c’est le recours aux armes chimiques, une fois de plus. Comme pour annoncer leur emploi, les médias de propagande russes ont commencé à diffuser des informations non-sourcées accusant l’opposition syrienne de préparer une « provocation » chimique afin d’attirer une intervention occidentale. En avril dernier, les États-Unis, la France et le Royaume Uni avaient bombardé trois sites syriens en représailles à l’emploi de gaz chimiques par le régime.

Pourquoi cette bataille est-elle inévitable ? D’abord parce que Bachar el-Assad a incontestablement gagné la guerre qui dure depuis que le Président syrien a choisi de réprimer dans le sang des manifestations pacifiques il y a sept ans. Il a été sauvé par la Russie et l’Iran, mais aussi, indirectement, par les Occidentaux et toutes les forces qui ont combattu les djihadistes de Daech. Il veut aujourd’hui parachever sa reconquête en reprenant Idleb, et repousser au passage la Turquie dont il redoute la présence durable.

Le rôle de la Russie est central. Le chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov, a qualifié Idleb d’« abcès à éliminer ». La flotte russe a choisi ce moment pour rassembler quelque 25 navires dans l’est de la Méditerranée, officiellement pour des manœuvres. Mais la Russie ménage aussi la Turquie, avec laquelle elle entretient un dialogue nourri. 

Avec la bataille d’Idleb, c’est déjà l’après-guerre qui se dessine en Syrie, avec ses luttes d’influence qui redessinent le Proche Orient de demain. Mais c’est d’abord et avant tout trois millions de civils qui risquent de payer au prix fort les ambitions des uns et des autres - et qu’il faut aujourd’hui protéger et sauver.

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