Ce matin, les Pays-Bas et la Belgique sont tombés d'accord pour rectifier leurs frontières communes... L'affaire s'est réglée en quelques mois et a été conclue début décembre : les deux pays ont décidé de s'échanger quatorze hectares de terrain de part et d'autre de la Meuse, près de la ville francophone belge de Visé. L'équivalent d'une quinzaine de terrain de foot. En fait, les caprices de la Meuse faisaient que le terrain, qui auparavant était belge, se trouvait enclavé aux Pays-Bas, une sorte de terre de non-droit : pour la rejoindre la police belge devait traverser le fleuve ce qui n'arrivait concrètement jamais. En conséquence, les trafiquants de drogue en avaient fait leur terrain de jeu, et les libertins de la région s'y retrouvaient sans crainte d'être dérangés par la police. Sauf qu'il y a trois ans, des promeneurs sont tombés sur un corps décapité. Il était temps de passer à l'acte.

Y'a-t-il encore des conflits frontaliers en Europe ? Il y en a quelques-uns, bien sûr, à commencer par le Kosovo que la Serbie refuse de lâcher et que certains pays d'Europe, l'Espagne notamment, refusent de reconnaître. Le dernier conflit frontalier résolu l'a été en 2001 entre la Croatie et la Slovénie. C'est ce qu'on appelait à l'époque la « question des quatre hameaux » qui se trouvent côté croate et qui bloquaient l'accès à la mer de la Slovénie. Autre exemple de ces conflits frontaliers, totalement oublié celui-là, et pourtant très ancien : il date de 1801. Cette année là, l'Espagne et le Portugal se sont fait la guerre, la guerre dite "des oranges". L'Espagne a facilement vaincu son voisin et a annexé une petite ville frontalière, Olivenza, et sa région. Annexion qui n'a évidemment jamais été reconnue par le Portugal. Il y a donc au confins de l'Europe, une centaine de bornes frontalières qui n'ont pas été posées et un pont qui enjambe le fleuve frontalier, le Guadiana, détruit au XVIIIe siècle n'a jamais été reconstruit. Il reliait Olivenza au Portugal.

Ces conflits frontaliers se résolvent rarement aussi pacifiquement qu'entre les Pays-Bas et la Belgique. C'est même suffisamment rare pour être à chaque fois souligné. En 2008, le Nigeria a rendu au Cameroun la péninsule de Bakassi : un millier de km2 gorgé de pétrole. Chapeau bas puisque les deux pays ont réglé le problème sans se faire la guerre. L'Inde et le Bangladesh se chamaillent le long d'une frontière dessinée par les Britanniques avant 1947. Finalement, entre cette année et l'année prochaine, plus de 150 enclaves ont été et seront échangées pacifiquement. L'Inde aura perdu quarante km2. La Cour internationale de justice de La Haye a condamné le Nicaragua, le 17 décembre, à indemniser le Costa Rica pour avoir violé un traité conclu entre les 2 pays en 1858. Les deux pays sont séparés par le fleuve San Juan et se disputent trois km2 d'îlots fluviaux. C'est d'ailleurs à la Cour de La Haye d'arbitrer un des conflits les plus difficiles au monde : celui qui oppose la Bolivie et le Chili depuis 1884 et la guerre dite « du guano et du salpêtre ». Une guerre perdue par la Bolivie et qui prive le pays de sa son accès à l'océan Pacifique. Le préjudice est énorme pour La Paz qui, depuis, réclame la restitution de ses provinces perdues. Le Chili y est opposé : pacta sunt servada, les traités doivent être respectés. Réponse dans plusieurs années après que les juges de La Haye auront écoutés les arguments des dizaines d'avocats et d'officiels des deux pays et avalés les centaines de milliers de pages des deux dossiers chilien et bolivien.

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