Mais pas n'importe quels diplomates : l'ambassade des Emirats Arabes Unis a officiellement rouvert en fin de semaine dernière, près de 7 ans après avoir fermé en 2011, c'est-à-dire quelques mois à peine après le début de la guerre qui a dévasté le pays.

A priori, Abu Dabi qui rouvre sa représentation officielle – et Bahrain qui fait des travaux de rénovation dans la sienne – ça n'a rien de bien spectaculaire. L'un est un pays d'une dizaine de millions d'habitants et l'autre, une île grande comme un dixième de la Corse.

Sauf que ces deux pays ont toujours servi de poissons pilotes pour plus importants qu'eux. En l'occurrence, l'éléphant du magasin de porcelaine diplomatique du Moyen-Orient : l'Arabie saoudite. Et puis surtout, les Emirats Arabes Unis sont un belligérant.

Ils soutenaient l'opposition à Bashar Al Assad...

Et comment ! Abu Dabi, comme Ryad, a déversé des milliards de pétrodollars dans cette guerre, finançant l'opposition armée, dont presque tous les groupes djihadistes. Le tout pour renverser le régime détesté de Bashar Al Assad soutenu par l'ennemi iranien.

Autrement dit, la réouverture de l'ambassade des Emirats est le signe le plus sûr de ce que tout le monde sait depuis des mois : la guerre de Syrie est perdue pour les monarchies du Golfe et elle est gagnée pour le régime de Damas.

Jusqu'à présent, cette réalité c'était imposé presque avec une certaine discrétion : la Jordanie a remis en service un poste frontière avec son voisin syrien. Même Israël a discrètement rouvert un point de passage à Quneitra, sous la supervision russe.

Les Occidentaux, eux, sont encore sous le choc du retrait américain...

Oui, parce que c'est un peu l'Hallali des ambitions occidentales au Proche-Orient, ce retrait. D'une part, il laisse aux Iraniens et aux Russes le soin d'organiser l'avenir de la sous-région et de se partager à parts égales ou non, leur influence future.

D'autre part, parce qu'il met à nu nos propres faiblesses : sans les Etats-Unis, il n'y a pas d'interventions française ou britannique qui vaillent. Le retrait américain, ce ne sont pas tant 2 000 soldats qu'on retire que les énormes moyens logistiques et de renseignements.

Mais pour être tout à fait juste, cette issue-là était assez prévisible : depuis plusieurs mois maintenant, les « Occidentaux » ne comptaient plus pour grand-chose en Syrie. Dans le grand jeu diplomatique qui se met en place, nous n'avons que des strapontins.

C'est donc cela la vraie nouveauté, l'absence de l'Occident...

Donald Trump, en se retirant d'un tweet, a brutalement acté cette inconsistance. La question est maintenant, à quand la réouverture d'une ambassade occidentale à Damas ? Il se dit que l'Italie et la Grèce ont déjà commencé les travaux dans les leurs...

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