Le Président russe n’a pas apprécié une résolution du Parlement européen sur la Seconde Guerre mondiale et s’est engagé dans une guerre des mots avec la Pologne qui a répondu avec virulence. Un climat peu propice au rapprochement voulu par Emmanuel Macron.

Retransmission télé de Vladimir Poutine au défilé militaire du 9 mai 2019 à Moscou, célébrant la victoire du l’Allemagne nazie.
Retransmission télé de Vladimir Poutine au défilé militaire du 9 mai 2019 à Moscou, célébrant la victoire du l’Allemagne nazie. © AFP / Laure Boyer / Hans Lucas

C’est une étrange polémique qui s’envenime entre Moscou et Varsovie, autour de la mémoire de la Seconde Guerre Mondiale. Elle est révélatrice du climat délétère entre Moscou et l’Europe, malgré la tentative d’Emmanuel Macron de réchauffer les rapports avec la Russie.

Au cours des derniers jours, Vladimir Poutine a reproché à la Pologne d’être, de fait, responsable du déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, alors qu'elle en fut la première victime ; tandis que , de son côté, le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, lui a répondu avec un texte de quatre pages accusant le président russe de « mensonges éhontés » et de « propagande digne du totalitarisme stalinien ».

Ca ne s’arrête pas là, puisque Moscou affirmait hier que ce sont les Accords de Munich, signés en septembre 1938 par la France, le Royaume Uni et l’Allemagne, qui sont à l’origine de la guerre, pas le Pacte germano-soviétique de 1939 ; et le compte Twitter de l’ambassade russe à Paris va jusqu’à qualifier les gouvernements de l’époque de ces trois pays de « régimes diaboliques qui ont le sang de millions de Soviétiques sur leurs mains ».

Pourquoi cette polémique, et pourquoi maintenant ? En fait, Vladimir Poutine ne décolère pas depuis l’adoption par le Parlement européen, le 19 septembre, d’une résolution portée par des élus des pays de l’Est, sur « l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe » - c’est son nom. Ce texte avait fait polémique car certains critiques estimaient que ce n’était pas au Parlement de « dire l’histoire ».

Le texte attribuait la responsabilité directe de la guerre au pacte germano-soviétique, qui a ouvert la voie à l’invasion de la Pologne par Hitler, puis par Staline ; et il évoquait les « régimes totalitaires » des années 30, mêlant dans le même souffle « les dictatures communistes, nazie et d’autres ». 

Inacceptable pour Vladimir Poutine qui, même s’il dirige la Russie et pas l’Union soviétique, s’inscrit dans la continuité historique. Il a réuni les dirigeants des anciennes républiques soviétiques le 20 décembre, et, dans un long discours sur la genèse du conflit mondial, il leur a dit : « quand ils parlent de l’URSS, ils parlent de nous ».

Cette polémique nous dit d’abord que le poids de l’histoire reste considérable, et que son instrumentalisation pour mener les combats d’aujourd’hui est colossale. C’est une règle universelle et il n’y a guère que la France et l’Allemagne qui y échappent, en raison du travail de réconciliation accompli depuis 60 ans. La Pologne, qui s’offusque aujourd’hui du révisionnisme de Poutine, avait elle-même créé la polémique l’an dernier à propos des camps nazis sur son sol.

Ensuite, et c’est le plus important, que la main tendue à la Russie lancée fin août par Emmanuel Macron sera difficile à « vendre » aux pays de l’ex-bloc communiste. 

Le Président français a prévu de se rendre à Moscou en mai 2020 pour le 75ème anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie : ce voyage devient embarrassant après cette polémique : il sera difficile d’y voir un symbole de réconciliation avec une Russie loin d’être apaisée.

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