La France peut-elle camper sur ses positions ? Si les Etats-Unis s’engagent dans une guerre contre l’Irak, s’ils décident, comme c’est désormais très probable, de le faire avec ou sans l’aval de l’Onu, la France peut-elle être la seule puissance européenne avec l’Allemagne à se tenir à l’écart de ce conflit ? Tout pousse à répondre que « oui » puisque la France, toutes forces politiques confondues, ses dirigeants comme l’écrasante majorité de ses citoyens, considère que cette guerre n’est non seulement pas indispensable mais aussi dangereuse - qu’un désarmement pacifique de l’Irak reste envisageable et qu’une intervention américaine risque, à l’inverse, de déstabiliser le monde arabe et de susciter une relance des opérations terroristes. Si la France est logique avec ses analyses, elle devrait donc ne pas s’associer à ce qu’elle regarde comme une aventure et contribuer, le jour venu, à réparer les pots cassés en utilisant l’autorité que lui auraient valu son indépendance et sa lucidité. La France peut adopter cette politique. Il n’est nullement exclu que ce soit la décision de Jacques Chirac, mais trois raisons font que ce n’est pourtant pas encore certain. La première est que si l’on pense au-delà de cette guerre, si l’on raisonne en termes d’équilibres à créer dans ce siècle, il est vital pour la France et le monde d’affirmer une puissance politique, l’Europe, capable de faire contrepoids aux Etats-Unis. On voit bien en ce moment à quel point cette force manque. Alors même que l’immense majorité des Européens est hostile à cette guerre et que pas un seul des dirigeants de l’Union ne l’envisage sans inquiétude, les Etats-Unis sont à peu près libres d’agir à leur guise car il n’y a pas d’Europe politique et que l’Union n’a pas les moyens de son indépendance. C’est pour cela que beaucoup de ses gouvernements, on l’a vu hier, répugnent à se distancer de Washington et la dernière chose à faire aujourd’hui serait donc de fracturer l’Union ce qui serait le résultat durable d’une division de l’Europe dans cette crise. La deuxième raison qui retient les dirigeants français de ne pas s’associer à la guerre est qu’ils ne veulent pas jouer la politique du pire. Si la France prend la tête, ce qu’elle peut faire, d’une opposition aux Etats-Unis au sein du Conseil de sécurité, si elle conduit ainsi à une intervention unilatérale de Washington, elle sera indirectement responsable d’une démultiplication des dangers que comporte cette guerre. En d’autres mots, peut-être vaut-il mieux – c’est le débat, un très difficile débat – donner la légitimité de l’Onu à cette intervention plutôt que de laisser les Américains courir au chaos et d’en subir les conséquences avec la seule fierté d’avoir eu raison. Si on ne peut pas arrêter les Etats-Unis, il ne reste, c’est un fait qu’a souhaiter leur succès car leur échec serait le nôtre. D’où l’autre option française qui serait d’œuvrer à un compromis au Conseil de sécurité, à l’adoption d’une seconde résolution posant un ultimatum à l’Irak : une coopération active avec les Nations-Unies ou la guerre, une guerre alors approuvée par l’Onu. Pour la France et le monde, ce serait la moins mauvaise des politiques car le choix reviendrait, dans ce cas, à Saddam qui a souhaité, hier, un « renforcement » de sa coopération avec les Nations-Unies.

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