Il y a, dans ce taux de participation, quelque chose de profondément encourageant et même réjouissant. Sans doute faut-il s’interroger sur le fait qu’on soit passé, en quelques heures, de 72% à 60% de votants. Peut-être, très probablement cette fluctuation des pourcentages fournis par les autorités relève-t-elle de l’accommodation des chiffres mais le fait est que les Irakiens sont allés voter et qu’ils l’ont fait en nombre. Ils l’ont fait malgré les menaces et les attentats jusque dans les bureaux de vote. Ils ont bravé le danger qui était réel jusque dans les zones chiite et kurde et cela signifie qu’ils ont voulu saisir cette occasion de s’exprimer pour condamner le terrorisme et le fanatisme religieux, qu’ils ont voté contre les attentats, pour la paix civile et pour la recherche d’une stabilisation politique qui leur redonnerait, enfin, des raisons d’espérer. Les égorgeurs en sont politiquement isolés. Il y a toute raison de s’en féliciter mais comment, maintenant, construire l’avenir sur cet acquis ? Comment ne pas gâcher la très fragile chance qui s’offre aujourd’hui à l’Irak ? Il y a, d’abord, une erreur à ne pas commettre, celle qui serait d’oublier, dans l’euphorie du moment, que la participation des sunnites est restée faible, un peu supérieure à ce qu’on craignait dans les bureaux de Bagdad mais quasiment inexistante en bien d’autres endroits et que les sunnites, en tout état de cause, n’avaient pas été nombreux à s’inscrire sur les listes. Les chiites ont voté car ils constituent 60% de la population et que cette élection leur offrait la possibilité d’accéder aux commandes après avoir été écrasés et massacrés sous Saddam. Les Kurdes, 20% de la population, se sont tout aussi massivement rendus aux urnes car les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avaient sanctuarisé leurs régions depuis la fin de la première Guerre du Golfe et qu’ils ne souhaitaient certainement pas mettre la coalition américaine en difficulté. Les sunnites, eux, se sont abstenus car ils ne voulaient pas légitimer un vote qui va consacrer la fin de leur main mise sur l’Irak et dont ils craignent surtout qu’il ne fasse d’eux une minorité sans voix ni poids. La marginalisation politique des terroristes ne supprime autrement dit pas les raisons profondes de l’instabilité irakienne. Elle ne sera vaincue qu’à deux conditions. La première est que les chiites aient assez de sagesse politique pour rassurer les sunnites en leur offrant une vraie participation au futur gouvernement. C’est la condition nécessaire mais elle n’est pas suffisante car l’unité de l’Irak ne pourra se refonder que sur une Constitution de type fédéral, garantissant à chacun son autonomie politique et un pro rata des ressources pétrolières. Les Kurdes le souhaitent pour préserver les libertés dont ils jouissent depuis quinze ans. Les sunnites y aspirent pour éviter de perdre toute influence mais les chiites ? Le voudront-ils ? Ce n’est pas impossible. Leurs dirigeants sont assez fins politiques pour savoir que ce serait là le seul moyen de garantir l’unité d’un pays qu’ils sont désormais en situation de diriger mais cela ne se fera pas sans que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Onu ne poussent résolument en ce sens.

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