Sans le soutien financier des deux puissances occidentales, Europe et Amérique, l’Autorité palestinienne n’aurait pu ni se construire ni fonctionner. Six cents millions de dollars par an pour l’Union européenne, 400 pour les Etats-Unis, cette aide est cruciale pour la Palestine mais ne relève en rien de l’action caritative. Si elle a été mise en place, c’est qu’Européens et Américains ont voulu encourager, après les Accords d’Oslo, la création d’un appareil d’Etat palestinien sur lequel devait s’appuyer un processus de paix censé mener à un règlement fondé sur la coexistence de deux Etats. Le présupposé de cette aide était que l’Autorité palestinienne, aux termes de ces Accords d’Oslo, reconnaissait Israël. C’était le cas. Ce l’est encore à ce jour mais, dès lors qu’un nouveau gouvernement palestinien, issu de la victoire électorale du Hamas, serait formé sans que ce mouvement n’ait renoncé à la destruction d’Israël inscrite, jusqu’aujourd’hui, dans sa Charte, la situation changerait, et du tout au tout. De facto, l’Autorité palestinienne serait en rupture avec les Accords sur lesquels elle a été fondée. Ni l’Europe ni l’Amérique n’auraient plus de raisons d’équilibrer le budget d’une administration désormais au service d’une gigantesque régression politique. Elles auraient, au contraire, toutes les raisons de retirer leur aide à l’Autorité palestinienne et à son nouveau gouvernement mais pourquoi ne l’ont-elles alors pas fait dès hier ? Elles n’ont pas déjà franchi ce pas pour la bonne raison qu’elles n’avaient pas à faire comme si le pire était d’ores et déjà inéluctable, que ce n’est, autrement dit, pas à elles mais au Hamas de décider ce qu’il fera. Hier, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne puis les représentants de l’Onu, de la Russie, des Etats-Unis et de l’Union, du quartette qui avait élaboré le plan de relance du processus de paix connu sous le nom de « Feuille de route », examinaient les conséquences du triomphe électoral du Hamas. A Bruxelles, les ministres européens ont appelé le Hamas à renoncer à la violence, reconnaître l’Etat d’Israël et désarmer. Ils ont déclaré attendre des nouveaux élus palestiniens qu’ils « soutiennent la formation d’un gouvernement déterminé à trouver une solution négociée au conflit avec Israël » et indiqué que, « sur cette base », l’Union était prête à poursuivre son soutien au développement économique palestinien ». A Londres, le quartette a, lui, déclaré, par la voix du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, que la poursuite des aides internationales dépendrait de l’engagement de « tous » les membres du futur gouvernement palestinien à reconnaître Israël et à accepter les accords signés. Les Occidentaux et l’Onu viennent de donner au Hamas le temps de savoir quoi faire d’une victoire dont l’ampleur l’a lui-même surpris, de choisir entre les lignes qui s’affrontent en son sein, entre son refus de la paix et les responsabilités qui sont maintenant les siennes. C’est ce que leur avait publiquement demandé Ismaïl Haniyeh, le chef de file du mouvement, mais les premières réactions du Hamas sont négatives.

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