Les mots de « Communauté internationale » ont longtemps traduit une réalité de fait. Ils ne désignaient pas un concert des nations qui n’avait ni poids ni véritable existence. Ils servaient à ne pas directement dire que le pouvoir mondial était détenu par les Occidentaux, Etats-Unis en tête, mais cette expression n’a maintenant plus de sens. Sous le triple effet de la mondialisation économique, de la panne européenne et du bourbier dans lequel l’Amérique s’est enfoncée en Irak, il faut désormais parler d’une scène internationale sur laquelle foisonnent de nouveaux acteurs. Le Venezuela devient une force qui compte en Amérique latine et veut également se projeter dans le monde grâce à son rapprochement avec l’Iran. La Chine, bien sûr, ajoute à son essor économique une affirmation politique sensible dans toute l’Asie, jusqu’en Afrique et sur tous les grands dossiers internationaux. La Russie renaît de ses cendres. La Corée du Nord donne la migraine aux plus grandes puissances. L’Iran… on sait, et, maintenant, en ce moment même, chaque jour plus, l’Arabie saoudite ambitionne de prendre en mains le Proche-Orient, le cœur du monde. Ce pays qui avait toujours voulu protéger son pactole pétrolier des tempêtes internationales en restant petit, discret, invisible dans l’ombre des Etats-Unis, prend désormais son autonomie, fort de ses richesses et poussé à se faire entendre par l’affaiblissement américain. La Maison-Blanche refuse tout pourparler avec l’Iran. Elle hausse, au contraire, le ton contre la République islamique mais, loin d’adhérer à cette politique, la monarchie saoudienne est en contact permanent avec Téhéran afin d’essayer de trouver un compromis entre le gouvernement libanais qu’elle soutien et le Hezbollah qu’appuient les Iraniens. Inquiète de la montée de l’Iran, l’Arabie saoudite ne veut pas l’ostraciser mais chercher un modus vivendi avec lui. Elle se distingue ainsi des Etats-Unis et le fait aussi, parallèlement, sur le dossier palestinien en dialoguant avec le Hamas qu’elle a invité à venir à La Mecque pour des pourparlers avec le Fatah. Encouragée par la Russie, la Syrie, l’Egypte surtout et nombre d’Européens aussi, discrètement approuvée par les Israéliens, la monarchie saoudienne tente de réconcilier les frères ennemis palestiniens pour ouvrir la voie à un gouvernement d’union nationale qui pourrait relancer des négociations de paix avec Israël. Ces efforts aboutiront-ils ? La question est ouverte mais, pour l’heure, Riad a repris le rôle que Washington ne joue plus – celui de pompier du Proche-Orient.

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