On ne peut pas faire plus sévère. « Cette guerre fut un grand et grave ratage », dit la commission d’enquête mise en place après qu’Israël, à l’été 2006, lors de la seconde guerre du Liban, eut effectivement échoué aussi bien à récupérer ses deux soldats enlevés par le Hezbollah qu’à démanteler les infrastructures militaires de l’organisation chiite libanaise et qu’à faire cesser, surtout, ses tirs de roquettes sur le nord du pays. Rendu public hier, le rapport de cette commission dit avoir « relevé des manquements graves au plus haut niveau politique et militaire ». « La conduite de la guerre a été défaillante », y lit-on et la sobriété du constat est sans appel : « Une organisation de quelques milliers d’hommes a tenu tête à l’armée la plus puissante du Proche-Orient. Les forces armées israéliennes ont échoué ». Normalement, Ehud Olmert, le Premier ministre qui avait décidé de cette entrée en guerre, devrait démissionner, comme avaient du le faire, il y a longtemps déjà, le chef d’état-major et le ministre de la Défense de l’époque. Cela relèverait de la simple logique mais il est improbable que cela se produise, pour trois raisons. La première est que la coalition de centre gauche que dirige Ehud Olmert se refuse à des élections anticipées qui favoriseraient, évidemment, l’opposition, c’est-à-dire le Likoud, la droite radicale. La deuxième est que le pays ne souhaite pas une crise politique car Israël ne peut pas s’offrir ce luxe alors que le Hamas tient Gaza, que le Hezbollah est plus fort que jamais et que les Occidentaux comme les pays arabes souhaitent ardemment, face à l’Iran et à l’islamisme sunnite, que les négociations de paix rouvertes avec l’Autorité palestinienne puissent aboutir, dès cette année. Même s’ils ne l’adulent pas, loin de là, bien au contraire, les Israéliens n’attendent pas de leur Premier ministre qu’il démissionne mais qu’il tienne le gouvernail et la troisième raison est que la Commission d’enquête évite de faire porter la responsabilité de cette défaite sur une ou plusieurs personnes précises, pas plus Ehud Olmert qu’un autre. Ce qui est le plus saisissant dans ce rapport est qu’il dresse, entre les lignes, un tableau parfaitement juste d’un Israël qui n’était plus fait pour la guerre, pas beaucoup plus apte et psychologiquement prêt aux combats que n’importe quelle autre démocratie occidentale. L’Israël des premières décennies, celui des pionniers, des paysans soldats, a en effet cédé la place à un pays jeune, profondément américanisé, une Californie sur Méditerranée, hédonisme et haute technologie, dont le Mur n’est pas qu’une « barrière de sécurité ». A son abri, c'est avant tout à vivre qu'aspire la jeunesse israélienne, regards tournés vers l’Ouest, tournant le dos à une région qu’elle souhaite oublier et prête, donc, aux concessions, même Jérusalem, qu’Ehud Olmert envisage désormais. En dix huit mois, l'armée a été, dit-on, reprise en mains, mais c’est ce diagnostic que suggère ce rapport écrivant, noir sur blanc : « Israël doit avoir une politique qui fasse tout pour la paix, même au prix de compromis, mais les accords doivent découler d’une position de puissance militaire et de force d'âme » - autant dire qu'elles manquent.

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