Barack Obama souhaite le départ du président égyptien. Il ne l’a pas aussi directement dit mais lorsque la Maison-Blanche indique, hier soir, que le président américain s’est entretenu avec plusieurs des dirigeants du Proche-Orient, dont le souverain saoudien et le Premier ministre israélien, pour leur faire part de son « soutien à une transition en bon ordre vers un gouvernement sensible aux aspirations du peuple égyptien », c’est exactement ce que cela signifie. Deux questions se posent donc maintenant. La première est de savoir pourquoi les Etats-Unis lâchent ainsi un homme qui aura compté parmi leurs plus fidèles alliés depuis 30 ans et la réponse relève du simple bon sens. Pas plus qu’à Tunis hier, pas un seul slogan ne s’est fait entendre dans les manifestations égyptiennes contre les Etats-Unis ou l’Occident. Non seulement ce soulèvement populaire ne demande qu’une chose, la liberté, mais les hommes qui y ont conduit en appelant aux premiers rassemblements de rue ne sont pas les islamistes, pourtant autrement plus puissants en Egypte qu’en Tunisie. Ce sont de jeunes gens épris de démocratie et aspirant à l’Etat de droit, communiant en un mot dans ces valeurs universelles qu’on appelle faussement occidentale pour la seule raison que c’est en Occident qu’elles ont triomphé depuis le 19ième. A Tunis comme au Caire, les islamistes courent après ces soulèvements et, pour les démocraties occidentales, le meilleur moyen de les aider à récupérer cette contagion démocratique qui saisit le monde arabe serait ne pas se solidariser des manifestants égyptiens, de ne pas les aider en leur apportant un soutien politique, de ne pas tout faire pour qu’Hosni Moubarak se retire au plus vite, avant que le sang ne coule plus encore. Il y va non seulement d’un devoir moral des démocraties occidentales mais aussi de leur intérêt car, si leur cécité transformait en victoire des islamistes ce qui est aujourd’hui leur défaite, elles auraient gravement à en pâtir. C’est cela que Barack Obama a compris, autrement mieux que l’Europe. C’est ce qu’il avait dit, dès mardi, dans son discours sur l’état de l’Union mais quelles sont – deuxième question – les chances que son souhait se réalise ? Hosni Moubarak peut jouer la peur et l'essouflement des manifestations. Il peut aussi, il le fait, proposer lui-même un dialogue à l'opposition mais, outre qu’il est âgé et malade, l’Egypte ne peut pas se passer de l’aide économique des Etats-Unis et ses officiers ont été formés par l’armée américaine. L’Amérique a des liens directs avec l’armée égyptienne qui est désormais l’arbitre de la situation. Sans elle, contre elle, ce président ne peut pas se maintenir et le fait est que, comme l’armée tunisienne, elle n’a pas levé le petit doigt contre les manifestants. Restée neutre, elle est à même d’organiser cette « transition ordonnée » qui verrait le vice-président et patron des services secrets Omar Souleimane succéder à Hosni Moubarak et préparer des élections avec le représentant que l’opposition s’est choisi, Mohammed ElBaradei, Prix Nobel de la paix et ancien patron de l’Agence internationale pour l’énergie atomique. C’est le scénario souhaitable mais il n’est pas déjà écrit.

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