C’est l’histoire d’un pays africain qui fut longtemps un modèle mais pourrait aujourd’hui sombrer dans la violence. Longtemps gouverné par un intellectuel de gauche, Léopold Sédar Senghor, agrégé de grammaire, grand poète, ministre français au temps de la colonisation, chantre de la négritude et membre de l’Académie française, ce pays de l’Ouest africain, le Sénégal, fut l’un des premiers du continent à avoir introduit le multipartisme.

C’était, c’est encore, une démocratie assez solide pour être passée sans drame ni fraude, il y a douze ans, de la gauche à la droite, d’un socialisme paternaliste à un libéralisme revendiqué, acclamé par les institutions financières internationales et incarné par un opposant de toujours, Abdoulaye Wade, réélu en 2007. Le Sénégal avait passé le test de l’alternance postcoloniale. Rien ne semblait plus devoir menacer sa stabilité politique mais, à 85 ans dont douze de pouvoir, Abdoulaye Wade ne veut pas plus se retirer que laisser entrer en lice un concurrent qui aurait pu compromettre sa réélection le 28 février prochain.

Tous désignés par ce président sortant, les cinq membres du Conseil constitutionnel ont ainsi mis le feu aux poudres. Ils n’ont pas seulement estimé que la Constitution ne s’appliquait pas à lui et qu’il pouvait se représenter car il n’était pas concerné par la limitation à deux mandats présidentiels dans la mesure où elle était entrée en vigueur après qu’il eut effectué son premier. Bien plus grave encore car infiniment plus contestable, les Sages ont également invalidé la candidature d’un des hommes les plus populaires du pays, le chanteur Youssou Ndur, au motif que ses signatures de parrainage n’auraient pas été vérifiables.

Or non seulement Youssou Ndur, né dans la misère, est un artiste mondialement connu et reconnu mais il a investi ses cachets au Sénégal, y est devenu un entrepreneur à succès et y a créé un groupe de presse écrite et audiovisuelle qui a rencontré la faveur du public. Plus encore qu’une gloire nationale, il est un modèle au Sénégal, l’homme qui s’est fait seul, qui n’a pas tourné le dos à son pays et dont le destin fait rêver.

Ce double arrêt du Conseil constitutionnel, rebaptisé par la presse le « Conseil insurrectionnel », a donc fait descendre les gens dans la rue et l’on en est à un mort et de nombreux blessés vendredi et deux tués hier. Ce n’est bien sûr pas la Syrie. Ce n’est pas, non plus, la Côte d’Ivoire de ces dernières années mais de nouvelles manifestations sont prévues aujourd’hui et l’inquiétude grandit car c’est un bras de fer qui s’est engagé entre le vieux président sortant et un pays las des promesses libérale qui ne veut pas tomber ans la présidence à vie, suivie d’une présidence héréditaire dont l’ombre se profilait.

L’inquiétude grandit. Les Etats-Unis appellent Abdoulaye Wade à « céder la place à la prochaine génération ». Une démocratie est en péril.

Lien Image Sénégal
Lien Image Sénégal © Radio France
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.