Grand comme près de la moitié de la France, l’Adrar des Ifoghas est un massif granitique dont les larges vallées sont peuplées d’éleveurs touaregs. Situé à l’extrême nord-est du Mali, aux frontières du Niger et de l’Algérie, son chef-lieu est Kidal, la ville dont les troupes françaises contrôlent l’aérodrome depuis hier, et c’est vers ce massif que les combattants djihadistes se sont repliés depuis l’échec de leur offensive sur Bamako et la libération de Gao et Tombouctou.

Il serait étonnant que les forces maliennes et françaises les laissent maintenant s’éparpiller dans cette région difficile d’accès pour mieux se réorganiser ensuite. On peut déduire de la rapidité de la progression française vers l’aérodrome de Kidal que son objectif est d’empêcher les djihadistes, à coup de frappes aériennes, de transformer l’Adrar des Ifoghas en un bunker à partir duquel il pourrait tenter des coups-de-mains puis de nouvelles offensives.

Logiquement les troupes franco-maliennes devraient pousser leur avantage sans perdre de temps mais, quels que soient les succès qu’elles pourraient s’adjuger là, il n’y pas d’illusions à se faire. Les djihadistes ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Ils devront d’autant plus chercher et trouver les moyens d’une riposte qu’ils auront beaucoup de mal à se ravitailler et que l’accès aux territoires nigériens et algériens leur sera difficile. C’est lorsqu’il est dos au mur qu’un adversaire devient le plus dangereux et la victoire à remporter contre lui ne sera donc pas militaire.

Pour être complète, elle aura besoin d’être avant tout politique et cela demandera, d’une part, que les populations du Nord puissent bénéficier d’une rapide amélioration de leur situation matérielle devenue formidablement précaire et, de l’autre, que les Touaregs n’aient bientôt plus de raison de s’allier aux djihadistes pour imposer le respect de leurs intérêts et de leur identité.

Il faut autrement dit de l’argent pour bâtir et reconstruire des écoles, des routes et des dispensaires. C’est là que les autres pays de l’Union européenne seront indispensables car, autant la France n’avait pas besoin de leurs soldats, autant elle ne peut ni ne devrait assumer seule cette charge financière. C’est maintenant qu’un test politique de première grandeur attend l’Union. Il serait particulièrement grave qu’elle ne s’avère pas à la hauteur de l’enjeu mais, quand bien même se mobiliserait-elle, cela serait vain si les Maliens ne parvenaient pas à reforger leur unité nationale en résolvant la question touareg.

Ce ne sera pas facile parce que les violences de l’épisode djihadiste ont créée un ressentiment contre eux, qu’ils ne sont pas seuls à peupler le Nord, qu’une autonomie est donc difficile et que les pays riverains y seraient, en tout état de cause, hostiles par crainte que cela n’alimente des revendications semblables chez leurs propres Touaregs.

C’est là que tout se jouera mais il est rassurant que la France ait appelé le Mali à se saisir du problème et que les parlementaires maliens aient adopté, à l’unanimité, une « feuille de route de la réconciliation nationale » prévoyant des élections avant l’été et des discussions avec ceux des groupes armés prêts à un dialogue. Il y en a et c’est justement à Kidal que se trouvent leurs chefs.

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