L’Egypte replonge dans la dictature militaire. Trois ans après sa révolution, ce pays qui est le cœur et le joyau du monde arabe en revient au musellement de la presse, aux arrestations de masse et, bientôt, au maréchal président.

Hier encore, le ministère de l’Intérieur faisait savoir – à bon entendeur, salut !- qu’il disposait désormais « des moyens technologiques modernes » nécessaires à la surveillance des réseaux sociaux. Toute voix contestataire est désormais visée, non seulement les Frères musulmans mais aussi, toujours plus, les jeunes démocrates qui avaient fait tomber Hosni Moubarak, en 2011, dans la foulée de la révolution tunisienne. Vingt journalistes de la chaîne Al-Jazeera, 16 Egyptiens et quatre étrangers, sont inculpés depuis mercredi de « terrorisme » ou « diffusion de fausses nouvelles ». Et puis il y a, bien sûr, cette implacable chasse aux Frères musulmans et ces procès, quatre procès en tout, intentés à Mohamed Morsi, le président islamiste destitué par l’armée en juillet dernier, le seul président civil jamais élu, régulièrement élu, en Egypte.

Le contraste avec la Tunisie est absolument complet. Alors même que laïcs et islamistes tunisiens ont su trouver les compromis permettant l’adoption d’une Constitution parfaitement démocratique, alors même que la Tunisie va vers de nouvelles élections pluralistes, l’Egypte opère un complet retour en arrière sous l’égide d’un général promu maréchal, Abdel Fattah al-Sissi, auquel l’état-major a demandé, lundi, de céder « à la demande du peuple » en se présentant à une élection présidentielle dont il n’est pas besoin d’être grand prophète pour dire qu’il la remportera avec un score sans appel. Alors, question, comment expliquer une telle différence entre Le Caire et Tunis ?

La principale réponse est que l’armée est faible et respectueuse du pouvoir politique en Tunisie alors qu’elle a de tout temps constitué, en Egypte, un Etat dans l’Etat. Devant la force des manifestations de 2011, l’armée égyptienne avait fait le gros dos, sabotant constamment mais jamais ouvertement le processus de démocratisation qui fut ainsi encore plus difficile qu’à Tunis.

Elle a tout fait pour inquiéter, raidir et paniquer les Frères musulmans, sortis victorieux des urnes mais totalement impréparés aux responsabilités gouvernementales, cherchant leur programme dans leur foi, souvent brutaux et toujours maladroits. Les Frères ont vite lassé et inquiété l’Egypte et, lorsqu’elle s’est massivement retournée contre eux, dans d’impressionnantes manifestations, les généraux ont repris les commandes, sous les applaudissements d’une grande majorité d’Egyptiens.

Coup d’Etat il y eut mais il était populaire et le demeure car l’Egypte avait pris peur de ces Frères qu’elle avait portés au pouvoir en les croyant devenus démocrates alors qu’ils étaient loin d’avoir achevé leur mue.

L’espoir de la liberté s’évanouit en Egypte. Instruite par 2011, l’armée ne veut plus s’y laisser surprendre mais il lui faudra maintenant remettre l’économie sur pied et réduire le chômage avant que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, une révolution qui n’en est qu’à ses débuts ne relève un jour la tête car ce pays, comme tout le monde arabe, a pris goût à la liberté.

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