Les gauches, raisons d'une crise mondiale

Il n’y a pas que la France, bien au contraire. Depuis qu’une figure de la gauche socialiste a remporté l’investiture de son parti pour la prochaine présidentielle et que les socialistes français en apparaissent si divisés que leur unité en est menacée, les Français se croient seuls à vivre le désarroi de leur gauche mais regardons l’Italie, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Espagne, la Grèce ou la Scandinavie.

Dans toutes les grandes démocraties occidentales, partout, le spectacle est le même. C’est partout que la gauche est en crise et la raison n’en est pas que ses dirigeants seraient particulièrement incapables ou traîtres à leurs idéaux car pourquoi le seraient-ils tous, partout et en même temps ?

Non, si la gauche occidentale va partout si mal, c’est que les conditions qui avaient fait sa force et ses succès ne sont plus réunies.

Directement ou par la pression qu’elle exerçait sur les droites, la gauche avait pu permettre de spectaculaires avancées sociales après-guerre parce que la reconstruction assurait le plein emploi et que la peur du communisme incitait l’argent à multiplier les concessions.

Economique et politique, le rapport de forces était en faveur du travail. Ce fut les Trente glorieuses, l’âge d’or de la gauche, mais ces temps sont depuis longtemps révolus puisque la reconstruction s’est achevée dès le milieu des années 70, que l’URSS et le communisme ne sont plus depuis la fin des années 80, que la réduction des distances a permis au capital d’aller s’investir dans des pays dont les coûts de production sont dix fois inférieurs à ceux de l’Occident et qu’une nouvelle révolution industrielle raréfie l’emploi.

Ce n’est pas seulement que les gauches ne peuvent plus défendre le travail aussi bien qu’elles le pouvaient hier. C’est aussi que les Etats, quels que soient leurs dirigeants, peuvent de moins en moins arbitrer entre les intérêts du travail et du capital et que ce sont ceux du plus fort, les intérêts de l’argent, qui s’imposent toujours plus.

Beaucoup de gens, même à gauche, en viennent à penser que la gauche serait défintivement morte, mais non.

Cela signifie seulement que la gauche, comme aux débuts du mouvement ouvrier, il y a près de deux siècles, doit aujourd’hui trouver les moyens d’inverser à nouveau le rapport de forces. En Europe, la gauche doit parvenir – et ce ne sera pas facile – à reconstituer, mais à l’échelle continentale, une puissance publique à même de faire le poids face à un argent qui ne connaît déjà plus de frontières.

En Europe, l’unité européenne est la condition sine qua non d’une renaissance de la gauche et partout la gauche doit à la fois retrouver la flamme de l’indignation contre l’injustice et assez de sens politique pour savoir allier les salariés, les précaires, les agriculteurs, les patrons menacés par le dumping fiscal et social et tous ceux que mobilise la crainte que la quête du profit n’épuise notre planète.

La gauche n’est pas morte. Elle est à réinventer. Ça ne se fera pas en un jour mais, à bien y regarder, ce lent travail s’amorce, en France et ailleurs.

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